1977-2001

Paroles de Maire

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N° 15 - Avril 1980 

UNE DÉCENNIE EN DIAGONALE

VILLENEUVE D'ASCQ A 10 ANS

C'est un anniversaire qui rappelle aux plus anciens d'entre nous de très nombreux souvenirs.
C'est aussi, pour moi, après 3 ans de mandats, l'occasion de faire le point et surtout d'analyser la part des responsabilités prises depuis 1970 par tous les décideurs.
Il y a dis ans, les élus de l'époque votaient la fusion de Flers, d'Annappes et d'Ascq, trois communes alors rurales.

FALLAIT-IL LE FAIRE ?

Fallait-il pour accueillir la Ville Nouvelle, créer artificiellement, dès le départ une seule commune ?
La réponse n'est plus ou pas encore d'actualité.
ce qui l'est par contre davantage, c'est l'ensemble des conséquences de cette décision et surtout les réactions qu'elles provoquèrent chez "les décideurs" de tous ordres et de toutes étiquettes durant 10 années. Ils s'appelèrent JC. Ralite, directeur de l'EPALE pendant 3 ans, J Desmarets et P Defives, Maire et premier adjoint pendant 7 ans. Ils s'appellent M. COLOT, Directeur de l'EPALE depuis 7 ans, A Notebart, Président de l'EPALE depuis 10 ans et G Caudron Maire depuis 3 ans.

CE QU'IL AURAIT FALLU DIRE ET SURTOUT NE PAS FAIRE

Lorsqu'en février 70, Flers, Annappes et Ascq fusionnent, il aurait fallu dire aux nouveaux Villeneuvois :

- que leur feuille d'impôt allait s'accroître pour rattraper celles des habitants des villes d'importance comparable,

- et que la Ville Nouvelle allait physiquement dévorer l'espace rural pour accueillir 40 000,50 000 ou 60 000 habitants nouveaux en essaimant partout du béton multicolore.

Il était grave de décider d'une fusion sans consulter les habitants. Plus grave encore fut de leur cacher les conséquences financières et physique de cette décision.

Mais il aurait fallu, surtout après 1970, ne pas laisser s'établir au profit des techniciens de l'Aménagement un rapport de force dont les conséquences sont aujourd'hui très lourdes financièrement :

 - investissements inducteurs de dépenses de fonctionnement élevées  (piétonniers, école ouvertes, espaces verts, parc urbains, plan d'eau, LCR),

- emprunts considérables dont les premiers remboursements n'interviennent qu'en 1977 pour 1,8 millions pour approcher les 6 millions en 1981).

Passer d'une ville de 25 000 habitants, par une ville de 45 000 à une ville de 65 000 ou 70 000 habitants impliquait de se doter de structures et de moyens correspondants en les programmant dans le temps.

C'était aussi faire face à des besoins croissants en les programmant dans le temps.

C'était aussi  faire face à des besoins croissants et donc refuser certaine dépenses de prestige, sans mesure avec nos moyens financiers.

Nos prédécesseurs ont accepté la Ville Nouvelle, mais n'ont pas voulu ou pu "passer" les projets techniques à travers "le filtre du bon sens" supposé des Élus Locaux qu'ils étaient.

Cette démission, si elle s'explique, reste néanmoins lourde de conséquences et les habitants doivent la payer.

1976 - LA CRISE

.La crise interne - du Conseil municipal conservateur est un épi phénomène qui masque une crise beaucoup plus grave :
la Ville est asphyxiée avec un budget de fonctionnement de 16 millions, pour 40 000 habitants. Elle est menacée d'éclatement et ses voisins, Lillois et Roubaisiens, sont prêts à en digérer les morceaux.

C'est dans cette atmosphère que se déroule la campagne  des élections municipales partielles de Février 76 et celles de Mars 77.

1977 - LE VIRAGE A GAUCHE

Il faut d'abord préparer un budget pour 1977, puisque l'ancien Conseil ne l'a pas fait.

Il faut ensuite répondre à une question de taille : continuer ou arrêter la Ville Nouvelle en concertation avec les habitants.

les contraintes financières et physiques sont telles que la réponse ne peut être que oui, car il faut assurer le fonctionnement de ce qui existe, rembourser les emprunts, rattraper les retards, réduire l'émiettement, rétablir l'équilibre au profit des anciens quartiers, développer les services publics, faire connaître la Ville, l'imposer à tous le niveaux comme un quatrième pôle pour la métropole.

Mais les Élus, exigent dans leurs négociations, que deux conditions soient remplies :

1) l'obtention d'aides financières de tous ordres pour réduire le déséquilibres

2) la mise en oeuvre d'une procédure d'élaboration et de finition des quartiers qui leur rende ainsi qu'aux habitants un certain pouvoir avec les chartes d'aménagement concertées... (expérience unique en France de concertation).

LA CONVENTION TRIPARTITE DE JANVIER 78 et les budgets de 1978 et 1979 sont les fruits  de ces contraintes et de ces décisions.

- Le personnel administratif et technique est embauché pour répondre aux besoins induits et surtout rattraper les retards qui sont lourds dans tous les domaines.

- des services nouveaux à la dimension de la Ville sont créés (Service Juridique SPC, accueil des habitants, garderies, crèches, colonies de vacances, classes vertes, haltes garderies, maisons de quartier, etc...),

- la croissance des budgets est planifiée afin d'intégrer le mieux possible les remboursement d'emprunts, les prises en charge d'espaces publics (minéraux ou espaces verts), les ouvertures de nombreux équipements (salles de sports, 3ème crèche, bibliothèque, salle des fêtes...).

Des investissements importants neufs ou d'entretien sont fait sur les anciens quartiers pour réduire les déséquilibres insupportables.

La population est  systématiquement informée et associée aux décisions  par tous les moyens disponibles.

L'imagination, l'innovation, la concertation et l'écologie au quotidien s'imposent comme des lignes directrices fondamentales pour la majorité du Conseil.

Des demandes en direction des administrations permettent d'obtenir des programmes de services publics (Bureau de Poste et Commissariat) et des mesures pour réparer de graves erreurs passées (décision et financement d'un mur anti-bruit le long de l'autoroute, suppression du viaduc du métro au Pont de Bois, à l'Hôtel de Ville et au Triolo).

En 1980, l'existence de Villeneuve d'Ascq n'est plus contestée.

La facture fiscale n'est pas négligeable mais heureusement moins catastrophique que ce que l'on pouvait craindre en 1976 (il suffit de comparer nos feuilles d'impôts aux communes de même importance).

Une question revient parfois au gré des débats politiques :

FALLAIT IL SIGNER LA CONVENTION TRIPARTITE ? QU'A-T-ELLE, EN FAIT, PERMIS ?

Elle a d'abord tracé le cadre de finition des quartiers principaux de la Ville (Hôtel de Ville et Cousinerie).

Elle a aussi déterminé le phasage des opérations et évité les dispersions que l'on connaissait depuis le début de la Ville Nouvelle. C'est dans ce cadre que se sont organisées les chartes d'aménagement concertées

Elle a permis, par ailleurs, une réduction de l'urbanisation et du béton au profit d'une zone nature à l'Est de la Ville.

Enfin, elle s'est traduite par des aides financières non négligeables (même si toujours insuffisantes par rapport aux besoins) et par un effort des administrations au niveau des services publics.

En ce début d'année 1980, elle me donne, en tant que Maire, la possibilité de conserver un certain moyen de pression pour négocier la phase ultime de finition des années 81 et 82, sur la Ville Nouvelle et sur les anciens quartiers.

Sans convention, les techniciens auraient conservé davantage de pouvoir, les impôts auraient augmenté plus fortement et l'opération "Ville Nouvelle" serait encore loin d'être terminée.

Mais rien n'est jamais évident, rien n'est jamais facile et le combat reste quotidien, du fait du désengagement de l'État et du cadre juridique et financier qu'il impose, qui privilégie, en matière d'urbanisme, le profit et la quantité, au détriment de la qualité, sous toutes ses formes.

Pendant trois ans il nous a fallu, à la fois, assumer l'héritage, répondre aux problèmes présents, contrôler l'avenir, gérer l'existant et créer du nouveau, tout en transformant les rapports Élus/habitants, en multipliant les formes de concertation.

Était-ce plus facile que d'assumer le démarrage ? l'Histoire et les Électeurs le diront.

Mais quand ton regarde objectivement Villeneuve d'Ascq en Mars 1980, quand on l'écoute, quand on entend ce que partout, aujourd'hui, on en dit, on a le sentiment que les erreurs ne l'emportent pas sur les réussites et que les difficultés n'ont pas empêché l'efficacité.


Avril 1980

 

 

      

"Il n'est pas nécessaire d'être d'accord sur tout pour bien travailler ensemble au service de tous!"