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N° 35 - Juin 1984

 

"LE COURAGE

C'EST D'ALLER A L'IDÉAL

ET DE COMPRENDRE LE RÉEL"

JEAN JAURÈS

 

J.M.V. - Monsieur le Maire, en vous entendant hausser fort le ton lors du Conseil municipal du 3 mai, sur plusieurs dossiers économiques, vous nous avez un peu surpris. Nous en avions un peu perdu l'habitude. Alors pourquoi ce ton nouveau ?

 

G.C. - Rappelez-vous : lors des grandes échéances de la Ville Nouvelle qui conditionnaient souvent l'existence même de ma ville, j'avais dû, chaque fois, élever le ton (et même plus) contre tous ceux qui voulaient notre dis­parition ou simplement nous imposer des choix qui n'étaient pas les nôtres.

C'est bien souvent en forçant le destin que nous avons avancé avec les Villeneuvois envers et contre l'opposition de nos adver­saires et parfois aussi de nos amis.

C'est le passé. Depuis la ville existe et personne ne remet plus en cause notre existence.

C'est notre histoire que nous avons écrit ensemble. Villeneuve-d'Ascq existe et j'avais donc décidé pour le présent et pour l'avenir proche de jouer en priorité la carte de la solidarité vis­ à vis des autres avant même parfois certains de nos intérêts immédiats.

Le résultat ne s'est pas fait atten­dre. Comme souvent dans la vie politique, notre volonté d'équilibre et de solidarité a été considé­rée comme de la faiblesse.

Nous avons fait l'objet d'attaques convergentes et j'ai décidé de réagir : et chacun sait que lorsque je réagis, je le fais avec une « certaine » énergie.

Sans entrer dans le détail, dites ­nous votre position sur ce dossier de l'équilibre de la métropole lilloise ?

J'ai toujours dit que la métropole devait être bien assise sur 4 pôles : Lille - Roubaix - Tourcoing - Villeneuve-d'Ascq, et qu'il devait, à la fois, y avoir un bon équilibre des richesses, des équipements et des activités, chacun ayant des atouts et devant faire aussi des efforts.

La richesse d'un ensemble ne peut admettre la pauvreté de cer­tains de ses éléments.

Il faut donc collectivement faire des efforts pour des communes comme Roubaix, mais aussi Hem ou Mons-en-Barœul, mais il faut aussi pour cela une richesse à répartir et Villeneuve est un des atouts de la région pour accroître cette richesse.

Dans quels domaines ?

Ils sont nombreux mais les activi­tés de pointe, l'informatique, tout ce qui peut demain naître avec l'université, voilà des secteurs nouveaux qui ne peuvent avoir une chance qu'à Villeneuve-d'Ascq.

Cela s'inscrit d'ailleurs fort bien dans le nouveau Nord du Premier Ministre. Nous sommes une « belle carte » de ce nouveau Nord.

Que vous semble-t-il aujourd'hui manquer le plus dans la métro­pole ?

Des voies de communication, route et métro de Lille et Vil­leneuve-d'Ascq vers le Nord-Est.

Mais certains de ceux aujourd'hui qui les pleurent, doivent se rappeler leurs propres responsabilités, les conséquences des choix et des non choix.

Quand certains dossiers comme la ligne 2 du métro seront techniquement et financièrement prêts, j'aurai des choses à dire...

N'est ce pas pour vous un peu fatigant de devoir ainsi repartir au combat ?

En fait, je n'ai jamais vraiment cessé de me battre pour mes idées en les expliquant, en débattant à tous les niveaux, en répondant toujours à ceux qui m'inter­pellent.

C'est parfois fatigant, décourageant même quand le niveau d'agressivité s'accroît comme actuellement, mais je le ferai tant que j'exercerai mes responsabili­tés d'élu.

Tout cela pour votre ville ?

Pour ma ville et surtout ses habi­tants. J'ai une ambition pour ma ville. J'ai des rêves, j'ai un idéal.

Notre ville sera un autre centre pour la métropole, différent des autres, complémentaire et non concurrent.

Nous accentuons nos efforts dans le domaine du développe­ment économique, du tourisme, de l'image de la ville, en y asso­ciant toujours davantage ses habitants, les associations et les agents économiques.

L'irresponsabilité coûte trop cher en argent et elle stérilise l'acti­vité. J'en appelle à la responsabilité et au courage.

Nous allons vers une gestion plus collective : conseils de gestion de certains équipements sportifs, sociaux ou du parc urbain.

Nous devons cultiver notre diffé­rence, promouvoir notre potentiel économique, faire connaître à tous nos richesses touristiques.

Mais aussi terminer ce qui reste en cours...

Bien sûr : l'Hôtel de Ville, ses logements, ses bureaux, ses commerces, son secteur piéton­nier, sa place S.-Allende, son forum vert, sa fontaine, la Rose des Vents, sa ludothèque, et demain sa bibliothèque municipale.

C'est un de nos sites prioritaires des prochains mois à faire connaî­tre, à promouvoir, à investir.

Nous y ferons les fêtes du 14 juil­let et les fêtes de septembre.

Nous continuerons dans le même temps à améliorer des sites et quartiers plus anciens.

Nous étudions de nouveaux équi­pements et préparons les dos­siers du nord de la ville.

On le voit, la ville continue.

Comme la vie, car la ville c'est la vie; sans compter que dans le même temps, il faut répondre aux besoins, qui évoluent, des habitants.

Et, c'est toujours le dossier des formes de misères pour lesquelles notre responsabilité est d'aider les gens à s'en sortir et non de se substituer à eux.

Toujours la responsabilité ?

Toujours la responsabilité. Elle conditionne la survie de notre société.

Autre actualité, vous vous êtes aussi adressé à l'Office municipal de la Jeunesse et de la Culture, et aux sportifs.

Oui, et c'est pour leur dire qu'il faut encore davantage coordonner les activités, additionner les moyens pour pouvoir multiplier les résultats.

Là aussi, à tous les niveaux, plus de contacts, plus de responsabi­lité, une adaptation aux besoins nouveaux, un refus de « chapel­les », une remise en cause perma­nente des idées et situations acquises.

Et je suis optimiste car avec des élus comme Gisèle Olleville, des personnels compétents et les for­ces vives associatives, nous avancerons. J'en suis sûr.

Mon rôle est de rappeler l'idéal et les contraintes et aussi de m'engager résolument avec eux.

C'est ce que je fais.

Un exemple ?

Les jeunes et les adolescents. Agir pour la formation et l'emploi. Lutter contre des formes de marginalisation. Aller là où ils sont. Les aider à être.

Chacun doit s'y mettre quel que soit son grade, sa fonction ou ses responsabilités.

Vous aimez bousculer les idées

J'aime travailler collectivement avec tous mes amis du Conseil municipal, adjoints ou conseillers qui partagent mes idées et mon enthousiasme, pour « faire changer les choses ». Et je veux ici mettre ces élus à l'honneur car la population ne connaît pas assez leur rôle, leur travail, leur dévoue­ment au service de tous.

Vous avez souhaité placer notre entretien sous le titre qui reprend une formule célèbre de Jean Jau­rès : "Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel" Pourquoi ?

Je pense l'avoir déjà montré en en appelant au courage, en rappelant la nécessité d'un idéal à atteindre, en demandant toujours de bien cerner les problèmes et les réalités au plus près.

Je crois qu'il est vital pour une ville, pour un pays, pour une société, d'avoir un idéal, même si chacun n'a pas le même, et d'essayer de l'atteindre.

Mais il faut être conscient du réel et des contraintes de la vie, bien les connaître, pour mieux les intégrer.

Il faut enfin savoir et c'est cela le courage, les dépasser en s'apuyant sur eux de manière responsable et résolue pour s'appro­cher de son idéal.

 

Juin 1984

 

 

      

"Il n'est pas nécessaire d'être d'accord sur tout pour bien travailler ensemble au service de tous!"