|

"LE COURAGE
C'EST D'ALLER A L'IDÉAL
ET DE COMPRENDRE LE RÉEL"
JEAN JAURÈS
J.M.V.
- Monsieur le Maire, en vous
entendant hausser fort le ton
lors du Conseil municipal du 3 mai,
sur plusieurs dossiers économiques,
vous nous avez un peu surpris. Nous en avions un peu
perdu l'habitude. Alors pourquoi
ce ton nouveau ?
G.C.
-
Rappelez-vous :
lors des grandes échéances de
la Ville Nouvelle qui
conditionnaient souvent l'existence même de ma
ville, j'avais dû, chaque fois, élever
le ton (et même plus) contre
tous ceux qui voulaient notre disparition
ou
simplement
nous
imposer des choix qui n'étaient
pas les nôtres.
C'est bien souvent en forçant le destin que nous avons avancé
avec les Villeneuvois envers et
contre l'opposition de nos adversaires
et parfois aussi de nos
amis.
C'est le passé. Depuis la ville
existe et personne ne remet plus
en cause notre existence.
C'est notre histoire que nous
avons
écrit
ensemble.
Villeneuve-d'Ascq
existe et j'avais donc décidé
pour le présent et pour
l'avenir proche de jouer en
priorité la carte de la solidarité vis
à vis des autres avant même parfois
certains
de
nos
intérêts
immédiats.
Le résultat ne s'est pas fait attendre.
Comme souvent dans la vie
politique, notre volonté d'équilibre
et de solidarité a été considérée comme de la faiblesse.
Nous avons fait l'objet d'attaques
convergentes et j'ai décidé de
réagir
: et
chacun sait que lorsque je réagis,
je le fais avec une « certaine
» énergie.
Sans entrer dans le détail, dites nous votre position sur ce dossier
de l'équilibre de la métropole
lilloise
?
J'ai toujours dit que la métropole
devait être bien assise sur 4
pôles
: Lille -
Roubaix - Tourcoing -
Villeneuve-d'Ascq,
et
qu'il
devait, à la fois, y avoir un bon
équilibre des richesses,
des équipements et des
activités, chacun ayant des
atouts et devant faire aussi
des efforts.
La
richesse d'un ensemble ne peut
admettre la pauvreté de certains
de ses éléments.
Il faut donc collectivement faire des efforts pour des communes
comme Roubaix, mais aussi Hem
ou Mons-en-Barœul, mais il faut
aussi pour cela une richesse à
répartir et Villeneuve est un des
atouts de la région pour accroître
cette richesse.
Dans quels domaines
?
Ils sont nombreux mais les activités
de pointe, l'informatique, tout
ce qui peut demain naître avec
l'université, voilà des secteurs
nouveaux qui ne peuvent avoir
une
chance
qu'à
Villeneuve-d'Ascq.
Cela s'inscrit d'ailleurs fort bien
dans le nouveau Nord du Premier
Ministre.
Nous sommes
une
« belle carte » de ce nouveau
Nord.
Que vous semble-t-il aujourd'hui
manquer le plus dans la métropole
?
Des voies de communication,
route et métro de Lille et Villeneuve-d'Ascq
vers le Nord-Est.
Mais certains de ceux aujourd'hui
qui les pleurent, doivent se rappeler
leurs propres responsabilités,
les conséquences
des
choix et
des non choix.
Quand certains dossiers comme
la ligne 2 du métro seront techniquement
et financièrement prêts, j'aurai des choses à dire...
N'est ce pas pour vous un peu
fatigant de devoir ainsi repartir au
combat
?
En fait, je n'ai jamais vraiment
cessé de me battre pour mes
idées en les expliquant, en débattant
à tous les niveaux, en répondant
toujours à ceux qui m'interpellent.
C'est parfois fatigant, décourageant
même quand le niveau
d'agressivité
s'accroît
comme
actuellement, mais je le ferai tant
que j'exercerai mes responsabilités
d'élu.
Tout cela pour votre ville
?
Pour ma ville et surtout ses habitants.
J'ai une ambition pour ma
ville. J'ai des rêves, j'ai un idéal.
Notre ville sera un autre centre
pour la métropole, différent des autres, complémentaire et non
concurrent.
Nous
accentuons
nos
efforts dans le domaine du
développement économique, du
tourisme, de l'image de la
ville, en y associant
toujours
davantage
ses
habitants, les associations et les
agents économiques.
L'irresponsabilité coûte trop cher
en argent et elle stérilise l'activité.
J'en appelle à la responsabilité et au courage.
Nous allons vers une gestion plus
collective
:
conseils de gestion de
certains
équipements
sportifs,
sociaux ou du parc urbain.
Nous devons cultiver notre différence,
promouvoir notre potentiel
économique, faire connaître à
tous nos richesses touristiques.
Mais aussi terminer ce qui reste
en cours...
Bien sûr
:
l'Hôtel de Ville, ses
logements,
ses
bureaux,
ses
commerces, son secteur piétonnier,
sa place S.-Allende, son
forum vert, sa fontaine, la Rose
des Vents, sa ludothèque, et
demain sa bibliothèque municipale.
C'est un de nos sites prioritaires
des prochains mois à faire connaître,
à promouvoir, à investir.
Nous y ferons les fêtes du 14 juillet
et les fêtes de septembre.
Nous continuerons dans le même
temps à améliorer des sites et
quartiers plus anciens.
Nous étudions de nouveaux équipements
et préparons les dossiers
du nord de la ville.
On le voit, la ville continue.
Comme la vie, car la ville c'est la
vie; sans compter que dans le
même temps, il faut répondre aux
besoins, qui évoluent, des habitants.
Et, c'est toujours le dossier des
formes de misères pour lesquelles
notre responsabilité est d'aider
les gens à s'en sortir et non de se
substituer à eux.
Toujours la responsabilité
?
Toujours la responsabilité. Elle
conditionne la survie de notre
société.
Autre actualité, vous vous êtes
aussi adressé à l'Office municipal
de la Jeunesse et de la Culture, et
aux sportifs.
Oui, et c'est pour leur dire qu'il
faut encore davantage
coordonner
les activités,
additionner
les
moyens pour pouvoir
multiplier
les résultats.
Là aussi, à tous les niveaux, plus
de contacts, plus de responsabilité,
une adaptation aux besoins nouveaux, un refus de « chapelles
», une remise en cause permanente
des idées et situations
acquises.
Et je suis optimiste car avec des
élus comme Gisèle Olleville, des
personnels compétents et les forces
vives
associatives,
nous
avancerons. J'en suis sûr.
Mon rôle est de rappeler l'idéal et
les
contraintes
et
aussi
de
m'engager résolument avec eux.
C'est ce que je fais.
Un exemple ?
Les jeunes et les adolescents.
Agir pour la formation et l'emploi.
Lutter contre des formes de marginalisation.
Aller là où ils sont.
Les aider à être.
Chacun doit s'y mettre quel que
soit son grade, sa fonction ou ses
responsabilités.
Vous aimez bousculer les idées
J'aime travailler collectivement
avec tous mes amis du Conseil
municipal, adjoints ou conseillers
qui partagent mes idées et mon
enthousiasme, pour « faire changer
les choses ». Et je veux ici
mettre ces élus à l'honneur car la
population ne connaît pas assez
leur rôle, leur travail, leur dévouement
au service de tous.
Vous avez souhaité placer notre
entretien sous le titre qui reprend
une formule célèbre de Jean Jaurès
:
"Le courage, c'est d'aller à
l'idéal et de comprendre le
réel" Pourquoi ?
Je pense
l'avoir déjà montré en en appelant
au courage, en rappelant la
nécessité d'un idéal à atteindre,
en demandant toujours de bien
cerner les problèmes et les réalités
au plus près.
Je crois qu'il est vital pour une
ville, pour un pays, pour une
société, d'avoir un idéal, même si
chacun n'a
pas le même, et d'essayer de
l'atteindre.
Mais il faut être conscient du réel
et des contraintes de la vie, bien
les connaître, pour mieux les intégrer.
Il faut enfin savoir et c'est cela le
courage, les dépasser en s'apuyant
sur eux de manière responsable
et résolue pour s'approcher
de son idéal.
Juin 1984
|