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10 ANS A LA
TÊTE DE L'ORCHESTRE
La ville qu'il dirige depuis 10 ans, Gérard Caudron la raconte. Il
confie son enthousiasme, ses désillusions et l'ambition surtout
qu'il continue d'avoir pour elle.
Qui ne vous connaît pas dans la ville!
Homme de terrain, vous êtes partout. Vous décidez aussi de tout. Trop
même dit-on.
"Je lance des idées, je les suis, je coordonne. Je donne des directions.
Je ne décide pas de tout.
Quant à être sur le terrain c'est vrai et ça me plaît toujours. J'ai le
sentiment que j'ai longtemps été dans cette ville le lien entre les
quartiers, les habitants, les associations. Surtout quand les structures
de rencontre n'étaient pas mises en place. J'étais comme un chef
d'orchestre et crois que le suis encore.
Du combat à l'organisation.
- A la tête d'une
technopole aujourd'hui, vous étiez hier maire d'une ville nouvelle.
Était-ce plus grisant bien différent?
"Gérer une technopole, c'est plus compliqué. Pour la ville nouvelle il
fallait surtout une volonté politique, du dynamisme, de la force
physique. Pour moi, c'était un combat que de permettre à la ville de
s'affirmer face à la communauté urbaine, l'EPALE, Lille... Dans les
conflits graves que nous avons rencontrés, j'étais prêt à aller jusqu'au
bout de mes décisions, il y a dix ans, il s'agissait de sauver la
ville. Aujourd'hui il faut gagner. Je dois organiser de plus en plus,
chercher de la matière grise, m'entourer de cadres spécialisés. Je ne
peux plus tout comprendre.
- Arrêter la ville nouvelle à 70 000
habitants: cette décision prise fin 77, vous arrive-t'il de
la regretter? Vous pourriez avec 130 000 habitants comme prévu
initialement, être le maire de la plus importante ville de la
Métropole!
"130 000 habitants, cela aurait été un minimum de 7 000 HLM en plus;
mais pas davantage d'emplois que nous n'en avons actuellement. Notre
budget aurait été plus difficile à équilibrer. Peut être serions-nous
en faillite. Et ces logements, il aurait fallu les mettre au bord du
Héron, en étages, aux Prés, au Triangle d'Ascq, à la Cousinerie, à
l'Hôtel de ville. Non franchement je n'ai pas de regret".
De la PUB mais l'égalité des chances.
-Qu'est
ce qu'être socialiste pour le maire d'une
technopole qui doit être par ailleurs un entrepreneur, vendre
sa ville aux entreprises vanter son image de marque, faire
de la pub?
"C'est parier sur l'avenir, la recherche, l'investissement, pour une
croissance future. Et en même temps travailler au quotidien, à l'écoute
des gens: il n'y a pas pour moi de petits et de grands problèmes. Chacun
a les siens, et tout est à prendre en compte.
Technopole ou non, c'est encore essayer dans toutes les décisions de
lutter pour l'égalité des chances 1 en particulier celle des
jeunes.
Enfant, d'un milieu modeste et vivant dans une petite ville, je n'ai eu
guère le choix pour mes loisirs. Le foot et l'athlétisme, c'est tout.
J'aurais voulu faire de la musique. .
Faute de piscine, à 20 ans, je ne savais pas nager. Ici, nous voulons
permettre aux enfants, aux jeunes quel que soit leur niveau social de
découvrir toutes sortes d'activités, d'élargir leurs horizons. Cette
notion de justice, nous l'avons introduite dans tous les chapitres
budgétaires.
Être socialiste, c'est aussi un combat à un autre niveau pour faire
changer les choses".
. Quand vous avez été élu l'un des plus
jeunes maires de France, à 32 ans, quelle idée vous
faisiez-vous de ce métier? Avez-vous été surpris? Déçu?
"Je ne m'en faisais aucune idée. Je voulais agir pour mettre mes idées
en application. J'ai été surpris par la lourdeur de la tâche, son
caractère répétitif.
Je n'ai pas été vraiment déçu. Mais c'est dur, les bonnes choses
réalisées sont vite oubliées par les gens, les moins bonnes, montées en
épingle".
Le Héron, les mégaboums.
. Pendant ces dix ans, il y a eu du
travail de l'imagination,chacun en convient. Quelles
sont les réalisations dont vous êtes le plus fier?
"Les 16 000 sportifs, les centres de loisirs, la zone de nature du
Héron, les mégaboums".
. Et les échecs?
"L'îlot 3, la chaussée de l'hôtel de ville... Ce qui a trait surtout à
la démocratie au quotidien et à la participation des gens. Pour le futur
centre nautique au Nord de la ville, nous allons tenter de lancer un
grand débat public, et demander aux habitants quelle forme cet
équipement devra avoir, s'il devra être public ou confié au privé.
J'ai changé".
. Avez-vous le sentiment d'avoir changé
la ville? Et est ce que la ville vous a changé?
"Je crois que la ville aurait été différente sans moi. Elle a mon
empreinte. Sûr aussi, la ville m'a changé: elle m'a vieilli, mûri. Elle
m'a rendu plus tolérant, moins excessif. Mais la politique, elle, m'a
enlevé des illusions."
La municipalité socialiste est élue
depuis 77. Au fil des élections,
depuis, le vote socialiste n'a fait que se renforcer à
Villeneuve-d'Ascq. Votre travail collectif y a contribué. Mais
la composition sociologique de la ville, son évolution n'ont pas
elles aussi joué leur rôle?
"Rappelons que les socialistes ont fait 11 % en 1971, 26% en 1976 aux
élections municipales partielles, que j'ai fait au premier tour des
cantonales en 1982 sur mon nom, 48% et qu'aux européennes, en 1984 nous
étions aux alentours de 25%. Notre progression est réelle, ses causes
multiples. La composition sociologique, si elle a joué pour nous, c'est
à la marge. Elle peut encore jouer demain mais en sens inverse.
. L'arrivée de l'opposition
au conseil municipal en 83 a-t-elle créé une dynamique dans
J'équipe municipale?
"La proportionnelle, nous l'avons voulue. Je suis satisfait d'un conseil
pluraliste. Mais cela n'a pas changé notre dynamisme déjà réel
auparavant. Le pluralisme exige plus de rigueur de chaque élu et dans
le fonctionnement des commissions".
Répondre aux jeunes.
. Vous êtes de plus en
plus confrontés aux problèmes des jeunes. Les enfants d'hier ont grandi.
Et il y ale chômage, la formation, la délinquance... Comment y
répondre localement?
"Si les enfants sont un peu moins nombreux, la demande en places de
crèche, et dans les centres de loisirs s'est accrue.
Il faut toujours y faire face.
Et c'est vrai, nous avons un nombre croissant de jeunes. Nous cherchons
à adapter des loisirs à leurs besoins réels. Comme les mégaboums, les
maisons de jeunes. Nous poussons sur l'accélérateur là où nous pouvons
les aider dans leur recherche d'emploi, de formation. D'où la mise en
place d'ateliers. Mais avec le chômage, qui, comme la misère s'aggrave,
et avec le désengagement de l'état, on peut être inquiet.
80% des personnes qui viennent aujourd'hui à mes permanences
recherchent du travail (contre 50% voici deux ans).
Ne pas pouvoir répondre à leur attente,
c'est déprimant ! Et si demain, il y a 3 millions de chômeur ?
Localement combien de factures de loyers impayés ?
Faudra-t-il refaire les soupes populaires
?
Une métropole sur quatre
pieds
.
Villeneuve d'Ascq la mal aimée, la jalousée, la privilégiée.
Celle qui pompe les habitants, les emplois, les crédits. Cette
réputation tenace vous parait-elle encore justifiée ?
"Elle ne l'a jamais été".
.
Quel rôle spécifique peut jouer la ville dans la Métropole ?
"L'idée que Villeneuve d'Ascq à des atouts
(environnement, entreprises de pointe, chercheurs, parcs d'activités...)
qui peuvent être bénéfiques à l'ensemble de la Métropole commence à
faire son chemin. La ville peut jouer un rôle moteur complémentaire,
d'innovation. Que les trois autres villes le désirent ou non, sur quatre
elle est stable".
.
Aujourd'hui la ville est la 4è de la métropole. Elle est à la recherche
de ses racines. Mais ne lui manque-t-il pas toujours un centre ?
"La chaussée de l'Hôtel de Ville, telle
quelle, ça ne va pas. Mais le Boulevard de Valmy est une réussite. Nous
allons essayer de rééquilibrer ce centre, en créant près du commissariat
une grande place, mordant sur le parking actuel de la Mairie. Quant à la
chaussée, nous avons le feu vert pour y vitrer les cellules commerciales
vides et les utiliser à titre précaire comme petits marchés.
En attendant mieux".
.Villeneuve d'Ascq : n'est ce pas qu'une mosaïque de quartier
juxtaposés.
La mosaïque est une réalité, une richesse.
Pourquoi s'en plaindre alors qu'ailleurs on cherche à recréer une vie de
quartier ?
.Actif, ambitieux pour votre ville, vous lui consacrez quelques 70
heures par semaine. Et vous avez en plus d'autres mandats.
Vous
reste-t-il du temps pour vous détendre dormir ?
"Très peu. Mais j'ai fait le choix de
faire passer ma vie personnelle au deuxième plan. Être à la tâche sept
jours, c'est physiquement fatiguant. Je me promets que bientôt je me
réserverai un peu plus de temps pour moi.
J'aimerai bien reprendre ma collection de
timbres..."
Colère.
. Vos colères sont
bien connues. Quelles sont les situations qui vous font exploser ?
"C'est toujours ou presque pour des insuffisances au niveau du détail,
de la négligence. Pour des gens qui penses n'avoir que des droits, pas
des devoirs. Quand la situation est grave, je crois être capable de la
dominer avec un calme apparent. Je reconnais avoir mauvais caractère.
Mais s'il est bien appliqué, ne serait-ce pas du caractère ?
. Vous êtes prêts à en reprendre pour dix
ans ?
"Je suis prêt à continuer, car je n'aime pas le travail inachevé.
Prêt à travailler avec tous ceux qui se reconnaissent dans nos valeurs
de justice, de progrès, de tolérance. Le mandat de Maire me passionne.
Mais à d'autres nivaux aussi, je veux essayer de lutter contre le
déclin, contre un avenir sombre, contre une misère qui fera de plus en
plus de ravages. J'ai le sentiment d'avoir des idées et je veux les
faire avancer.
Le moment venu, les militants et électeurs diront s'ils partagent cette
volonté".
Propos recueillis par
Marie Christine DEBIEUVRE,
Journaliste à Nord Éclair.
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