1977-2001

Paroles de Maire

1977  1978  1979  1980  1981  1982  1983  1984  1985  1986  1987  1988

1989  1990  1991  1992  1993  1994  1995  1996  1997  1998  1999  2000

2008  2009  2010  2011  2012  2013  2014  2015  2016  2017  2018  2019


1987

Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Septembre
Octobre
Novembre
Décembre

 






 

 

 

N° 23 - Mars 1987

 

 

10 ANS A LA TÊTE DE L'ORCHESTRE

La ville qu'il dirige depuis 10 ans, Gérard Caudron la raconte. Il confie son enthousiasme, ses désillusions et l'ambition surtout qu'il continue d'avoir pour elle.

 

Qui ne vous connaît pas dans la ville! Homme de terrain, vous êtes partout. Vous décidez aussi de tout. Trop même dit-on.

"Je lance des idées, je les suis, je coordonne. Je donne des directions. Je ne décide pas de tout.

Quant à être sur le terrain c'est vrai et ça me plaît toujours. J'ai le sentiment que j'ai longtemps été dans cette ville le lien entre les quartiers, les habitants, les associations. Surtout quand les structures de rencontre n'étaient pas mises en place. J'étais comme un chef d'orchestre et crois que le suis encore.

 

Du combat à l'organisation.

- A la tête d'une technopole aujourd'hui, vous étiez hier maire d'une ville nouvelle. Était-ce plus grisant bien dif­férent?

"Gérer une technopole, c'est plus compliqué. Pour la ville nouvelle il fallait surtout une volonté poli­tique, du dynamisme, de la force physique. Pour moi, c'était un combat que de permettre à la ville de s'affirmer face à la com­munauté urbaine, l'EPALE, Lille... Dans les conflits graves que nous avons rencontrés, j'étais prêt à aller jusqu'au bout de mes décisions, il y a dix ans, il s'agis­sait de sauver la ville. Aujour­d'hui il faut gagner. Je dois orga­niser de plus en plus, chercher de la matière grise, m'entourer de cadres spécialisés. Je ne peux plus tout comprendre.

- Arrêter la ville nouvelle à 70 000 habitants: cette décision prise fin 77, vous arrive-t­'il  de la regretter? Vous pour­riez avec 130 000 habitants comme prévu initialement, être le maire de la plus importante ville de la Métropole!

"130 000 habitants, cela aurait été un minimum de 7 000 HLM en plus; mais pas davantage d'emplois que nous n'en avons actuellement. Notre budget aurait été plus difficile à équili­brer. Peut être serions-nous en faillite. Et ces logements, il aurait fallu les mettre au bord du Héron, en étages, aux Prés, au Triangle d'Ascq, à la Cousinerie, à l'Hôtel de ville. Non franchement je n'ai pas de regret".

 

De la PUB mais l'égalité des chances.

 

-Qu'est ce qu'être socialiste pour le maire d'une technopole qui doit être par ailleurs un entrepreneur, vendre sa ville aux entreprises vanter son image de marque, faire de la pub?

 

"C'est parier sur l'avenir, la recherche, l'investissement, pour une croissance future. Et en même temps travailler au quoti­dien, à l'écoute des gens: il n'y a pas pour moi de petits et de grands problèmes. Chacun a les siens, et tout est à prendre en compte.

Technopole ou non, c'est encore essayer dans toutes les décisions de lutter pour l'égalité des chan­ces 1 en particulier celle des jeunes.

Enfant, d'un milieu modeste et vivant dans une petite ville, je n'ai eu guère le choix pour mes loisirs. Le foot et l'athlétisme, c'est tout. J'aurais voulu faire de la musique.     .

Faute de piscine, à 20 ans, je ne savais pas nager. Ici, nous vou­lons permettre aux enfants, aux jeunes quel que soit leur niveau social de découvrir toutes sortes d'activités, d'élargir leurs hori­zons. Cette notion de justice, nous l'avons introduite dans tous les chapitres budgétaires.

Être socialiste, c'est aussi un com­bat à un autre niveau pour faire changer les choses".

 

. Quand vous avez été élu l'un des plus jeunes maires de France, à 32 ans, quelle idée vous faisiez-vous de ce métier? Avez-vous été surpris? Déçu?

 

"Je ne m'en faisais aucune idée. Je voulais agir pour mettre mes idées en application. J'ai été sur­pris par la lourdeur de la tâche, son caractère répétitif.

Je n'ai pas été vraiment déçu. Mais c'est dur, les bonnes choses réalisées sont vite oubliées par les gens, les moins bonnes, montées en épingle".

 

Le Héron, les mégaboums.

 

. Pendant ces dix ans, il y a eu du travail de l'imagination,chacun en convient. Quelles sont les réalisations dont vous êtes le plus fier?

 

"Les 16 000 sportifs, les centres de loisirs, la zone de nature du Héron, les mégaboums".

 

. Et les échecs?

 

"L'îlot 3, la chaussée de l'hôtel de ville... Ce qui a trait surtout à la démocratie au quotidien et à la participation des gens. Pour le futur centre nautique au Nord de la ville, nous allons tenter de lan­cer un grand débat public, et demander aux habitants quelle forme cet équipement devra avoir, s'il devra être public ou confié au privé.

 

J'ai changé".

 

. Avez-vous le sentiment d'avoir changé la ville? Et est­ ce que la ville vous a changé?

 

"Je crois que la ville aurait été dif­férente sans moi. Elle a mon empreinte. Sûr aussi, la ville m'a changé: elle m'a vieilli, mûri. Elle m'a rendu plus tolérant, moins excessif. Mais la politique, elle, m'a enlevé des illusions."

La municipalité socialiste est élue depuis 77. Au fil des élec­tions, depuis, le vote socialiste n'a fait que se renforcer à Villeneuve-d'Ascq. Votre tra­vail collectif y a contribué. Mais la composition sociologi­que de la ville, son évolution n'ont pas elles aussi joué leur rôle?

 

"Rappelons que les socialistes ont fait 11 % en 1971, 26% en 1976 aux élections municipales partielles, que j'ai fait au premier tour des cantonales en 1982 sur mon nom, 48% et qu'aux européennes, en 1984 nous étions aux alentours de 25%. Notre progression est réelle, ses causes multiples. La composition sociologique, si elle a joué pour nous, c'est à la marge. Elle peut encore jouer demain mais en sens inverse.

 

. L'arrivée de l'opposition au conseil municipal en 83 a-t-elle créé une dynamique dans J'équipe municipale?

 

 

"La proportionnelle, nous l'avons voulue. Je suis satisfait d'un conseil pluraliste. Mais cela n'a pas changé notre dynamisme déjà réel auparavant. Le plura­lisme exige plus de rigueur de chaque élu et dans le fonctionne­ment des commissions".

 

Répondre aux jeunes.

 

. Vous êtes de plus en plus confrontés aux problèmes des jeunes. Les enfants d'hier ont grandi. Et il y ale chômage, la formation, la délinquance... Comment y répondre loca­lement?

"Si les enfants sont un peu moins nombreux, la demande en places de crèche, et dans les centres de loisirs s'est accrue.

Il faut toujours y faire face.

Et c'est vrai, nous avons un nom­bre croissant de jeunes. Nous cherchons à adapter des loisirs à leurs besoins réels. Comme les mégaboums, les maisons de jeu­nes. Nous poussons sur l'accélé­rateur là où nous pouvons les aider dans leur recherche d'emploi, de formation. D'où la mise en place d'ateliers. Mais avec le chômage, qui, comme la misère s'aggrave, et avec le désengagement de l'état, on peut être inquiet.

80% des personnes qui viennent  aujourd'hui à mes permanences recherchent du travail (contre 50% voici deux ans).

Ne pas pouvoir répondre à leur attente, c'est déprimant ! Et si demain, il y a 3 millions de chômeur ? Localement combien de factures de loyers impayés ?

Faudra-t-il refaire les soupes populaires ?

 

Une métropole sur quatre pieds

 

. Villeneuve d'Ascq la mal aimée, la jalousée, la privilégiée.
Celle qui pompe les habitants, les emplois, les crédits. Cette réputation tenace vous parait-elle encore justifiée ?

 

"Elle ne l'a jamais été".

 

. Quel rôle spécifique peut jouer la ville dans la Métropole ?

 

"L'idée que Villeneuve d'Ascq à des atouts (environnement, entreprises de pointe, chercheurs, parcs d'activités...) qui peuvent être bénéfiques à l'ensemble de la Métropole commence à faire son chemin. La ville peut jouer un rôle moteur complémentaire, d'innovation. Que les trois autres villes le désirent ou non, sur quatre elle est stable".

 

. Aujourd'hui la ville est la 4è de la métropole. Elle est à la recherche de ses racines. Mais ne lui manque-t-il pas toujours un centre ?

 

"La chaussée de l'Hôtel de Ville, telle quelle, ça ne va pas. Mais le Boulevard de Valmy est une réussite. Nous allons essayer de rééquilibrer ce centre, en créant près du commissariat une grande place, mordant sur le parking actuel de la Mairie. Quant à la chaussée, nous avons le feu vert pour y vitrer les cellules commerciales vides et les utiliser à titre précaire comme petits marchés.

En attendant mieux".

 

.Villeneuve d'Ascq : n'est ce pas qu'une mosaïque de quartier juxtaposés.

 

La mosaïque est une réalité, une richesse. Pourquoi s'en plaindre alors qu'ailleurs on cherche à recréer une vie de quartier ?

 

.Actif, ambitieux pour votre ville, vous lui consacrez quelques 70 heures par semaine. Et vous avez en plus d'autres mandats.

Vous reste-t-il du temps pour vous détendre dormir ?

 

"Très peu. Mais j'ai fait le choix de faire passer ma vie personnelle au deuxième plan. Être à la tâche sept jours, c'est physiquement fatiguant. Je me promets que bientôt je me réserverai un peu plus de temps pour moi.

J'aimerai bien reprendre ma collection de timbres..."

 

Colère.

. Vos colères sont bien connues. Quelles sont les situations qui vous font exploser ?

 

"C'est toujours ou presque pour des insuffisances au niveau du détail, de la négligence. Pour des gens qui penses n'avoir que des droits, pas des devoirs. Quand la situation est grave, je crois être capable de la dominer avec un calme apparent. Je reconnais avoir mauvais caractère. Mais s'il est bien appliqué, ne serait-ce pas du caractère ?

 

. Vous êtes prêts à en reprendre pour dix ans ?

 

"Je suis prêt à continuer, car je n'aime pas le travail inachevé.

Prêt à travailler avec tous ceux qui se reconnaissent dans nos valeurs de justice, de progrès, de tolérance. Le mandat de Maire me passionne. Mais à d'autres nivaux aussi, je veux essayer de lutter contre le déclin, contre un avenir sombre, contre une misère qui fera de plus en plus de ravages. J'ai le sentiment d'avoir des idées et je veux les faire avancer.

Le moment venu, les militants et électeurs diront s'ils partagent cette volonté".

 

Propos recueillis par
Marie Christine DEBIEUVRE,
Journaliste à Nord Éclair.


 

 

 

      

"Il n'est pas nécessaire d'être d'accord sur tout pour bien travailler ensemble au service de tous!"