1977-2001

Paroles de Maire

1977  1978  1979  1980  1981  1982  1983  1984  1985  1986  1987  1988

1989  1990  1991  1992  1993  1994  1995  1996  1997  1998  1999  2000

2008  2009  2010  2011  2012  2013  2014  2015  2016  2017  2018  2019


1987

Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Septembre
Octobre
Novembre
Décembre

 






 

 

 

N° 29 - novembre 1987

 

 

 

RÉSOLUMENT VERS L'AVENIR

 

P.Y.F.: Vous voilà maire depuis dix ans, prêt semble-t-il à continuer. Êtes­ vous devenu un notable?

 

G. CAUDRON: Si un notable, c'est un homme déconnecté de la réa­lité et des préoccupations des gens, alors non je ne le suis pas. Si c'est être connu, présent, si c'est vivre avec la population, alors oui, je veux bien l'être.

 

P.Y.F.: Le T.G.V. à Lille est-ce une chance pour la Métropole? la mise sur rail du Grand Lille?

 

G.C.: Le T.G.V. à Lille, c'est cer­tainement une chance pour la Métropole, le Département et la Région, à deux conditions :

- qu'il se fasse effectivement,
- qu'il se traduise par une restruc­turation qui rende la Métropole plus attractive.

N'oublions jamais qu'une voie de communication performante entre deux pôles, peut, selon le cas, enri­chir les deux pôles ou en appau­vrir un au profit de l'autre.

 

Le Grand Lille: une idée rétro.

Quant au Grand Lille, c'est une idée rétro des années 70. La coo­pération intercommunale de l'an 2000 se pose à d'autres niveaux plus diversifiés. Tout d'abord, l'émiettement des communes n'a pas que des inconvénients: la mul­tiplicité des élus rapproche le pou­voir des citoyens.

Cela dit, il faut faire mieux fonc­tionner les structures de coopéra­tion intercommunales existantes  (syndicats ou communauté urbaine)

Imaginons enfin d'autres formes moins liées à la géographie: créer par exemple des liaisons inter­régionales pour la recherche, la formation, la technologie, l'écono­mie... Cessons de vouloir toujours gagner la dernière guerre.

Si le TGV peut donner à Lille une idée moderne de la grandeur, tout le monde sera gagnant.

 

P.Y.F.: La crise que traversent vos partenaires communistes n'est-elle pas inquiétante pour l'avenir de la Gauche Villeneuvoise?

 

G.C.: L'Union de la Gauche existe encore, au moins _u sein du Conseil Municipal. Pour le reste, le P.C. a sa politique propre qui l'amène régulièrement à nous por­ter des coups. Mais est-ce vraiment nouveau? Son affaiblissement est réel. Se poursuivra-t-il? Je n'ensuis pas sûr. Au bout de dix ans, si le P.C. n'est plus l'allié exclusif de notre action municipale, il reste un allié naturel, représentatif d'une fraction non négligeable de notre électorat.

 

P.Y.F.: Le club Unité 89 que vous avez fondé, rassemblant ceux qui se sentent le cœur à gauche, n'est-ce­ pas pour assurer justement vos arriè­res et préparer une prochaine liste municipale?

 

G.C.: C'est tout simplement pour défendre des idées avec tous ceux qui les partagent, hors des struc­tures traditionnelles. La prochaine liste, c'est une autre affaire, mais il est vrai que nous pourrons envi­sager de l'ouvrir plus largement à d'autres personnalités.

 

Aider et réinsérer les plus démunis.

 

P.Y.F.: Votre formation politique, le P.S., envisage de donner aux plus démunis un minimum social garanti. Que pouvez-vous faire localement? N'y a-t-il pas risque d'avoir d'un côté les assistés, de l'autre, ceux qui ne le sont pas?

 

G.C.: Au contraire, l'objectif de cette proposition est de mettre ainsi en place un système d'inser­tion ou de réinsertion sociale des plus défavorisés. La condition d'attribution de ces aides financiè­res complémentaires, ce sera la formation et une tâche d'intérêt collectif.

Si localement on peut, dès à pré­sent, améliorer le système existant, la mise en place à un niveau plus élevé de ce minimum social sup­posera un financement de l'État, grâce à une imposition des plus riches.

A Villeneuve-d'Ascq, nous envisa­geons de revoir notre manière d'attribuer les aides par le biais du Centre Communal d'Action Sociale... Nous allons en coordina­tion avec l'ensemble des partenai­res concernés, proposer des forma­tions à ceux que nous aidons.

 

P.Y.F.: Vous êtes un anti LePen notoire. Vous avez cédé au charme d'Harlem Désir.

Le Président de SOS Racisme a pro­posé dans les villes la création de comités de prévention du racisme. Vous y avez songé?

 

G.C.: Je suis un adversaire acharné de l'intolérance, de la vio­lence et de la sottise.

Je suis donc un adversaire acharné de l'extrême droite qui me le rend bien.

J'apprécie H. Désir depuis long­temps. J'ai répercuté son idée de comité de prévention. Mais l'idée est vite retombée. C'est dommage.

 

P.Y.F.: Le vote des immigrés aux élections municipales pour faciliter leur intégration, y êtes-vous favorable?

 

G.C.: A titre personnel, je ne suis pas pour. Le droit de vote doit res­ter un attribut de la nationalité, sauf accord de réciprocité entre les pays. Tout autre critère risque d'avoir des effets pervers qui nous fassent reculer.

C'est pourquoi entre autres raisons je suis contre une réforme du Code de la Nationalité. Il faut aussi, à chaque moment, chercher les bases d'un meilleur dialogue avec les populations immigrées pour déboucher sur des formes de par­ticipation de ces populations à la vie collective.

 

P.Y.F.: Vous venez d'être réélu pré­sident de l'Union départementale des élus socialistes et républicains. Quels sont là vos objectifs?

 

G.C.: Permettre que la connais­sance du terrain qu'ont les élus, inspire davantage les décisions politiques.

Un club de prévention.

 

P. Y.F.: Vous avez dans vos responsa­bilités de vice-président du Conseil Général les clubs de prévention. Cela vous a-t-il aidé pour en obtenir un à Villeneuve-d'Ascq?

 

G.G.: Depuis que je suis chargé de l'action sociale au Conseil Géné­ral, j'ai essayé de repenser l'ensem­ble de nos interventions dans tous les domaines. Pour les clubs de prévention, il a été décidé à la fois de conforter le multi partenariat et d'obliger les collectivités locales à s'y investir.

C'est ce qui se fait à Villeneuve­ d'Ascq où vient de se créer un club de prévention, tant pour le Pont de Bois que pour la Cousinerie.

Tous les acteurs sociaux des quar­tiers concernés, animateurs, asso­ciations, assistantes sociales, sont impliqués et se retrouvent dans l'association AVANCE. La ville participe.

D'autres clubs de prévention sont mis en place dans des villes qui acceptent notre double condition.

 

Jumelage.

 

P.Y.F.: Vous partez pour un voyage au Canada. Faut-il y voir les prémi­ces d'un nouveau jumelage à l'image de celui noué avec Stirling?

 

G.C.: il y a plusieurs mois, j'ai dit que nous devions diversifier nos relations internationales. C'est ce que nous faisons avec Hull. Nous voudrions à Villeneuve-d'Ascq, une Maison du Canada Français et être nous, Villeneuvois au Qué­bec, des "Ambassadeurs" de notre Région.

Outre la promotion de la franco­phonie, notre jumelage avec Hull sera plus économique et plus cul­turel que celui avec Stirling qui est lui d'abord l'échange de popu­lations.

 

P.Y.F.: Et un jumelage coopération avec une commune du Tiers Monde?

 

G.C.: C'est en cours. Mais difficile à établir, il faut d'abord déceler les vrais besoins, trouver les bonnes solutions, s'associer aux bons par­tenaires pour les mettre en œuvre.

 

P.Y.F.: Invité à l'Elysée, vous avez dit à François Mitterrand, votre préoccu­pation quant au sort des personnes âgées en perte d'autonomie. Quelles réponses apporter à ce problème de plus en plus réel?

 

G.C.: Le quatrième âge, c'est le problème de notre société en cette fin de siècle.

Y faire face, suppose un effort de tous. En particulier de l'État, res­ponsable de la Santé. Or, pour l'instant, ce dernier s'y refuse, en raison de la réduction de ses dépenses, conséquence de la baisse des impôts sur les plus for­tunés. Il faut pour le 4e âge, des maisons adaptées, de petites struc­tures médicalisées. Tout le monde est d'accord. Seul manque l'accord de l'État.

 

P.Y.F.: Vous dites aimer les enfants. Pourquoi ne pas mettre en place un Conseil Municipal consultatif d'enfants?

 

G.C.: Je n'ai jamais été favorable aux coups de pub. A l'échelle d'une ville, c'est un peu artificiel. Je serais plus volontiers pour des conseils d'enfants dans les quar­tiers. Mais j'attends la demande.

 

P.Y.F.: Fin novembre, ce sera la Foire aux Associations. La vie associative ici comme ailleurs, ne se porte pas très bien...

 

G.C.: La vie associative a souffert ces derniers temps. Le gouverne­ment a "gratté" partout, y compris en lui supprimant des subventions, des postes, des possibilités de for­mation. La crise économique, le chômage, font aussi que l'engage­ment collectif diminue. Les gens sont tentés de se replier sur eux-mêmes.

La relance de la vie associative doit d'abord passer par une nou­velle volonté gouvernementale. Remarquons cependant que la vie associative continue de se porter mieux ici qu'ailleurs.

Les associations Villeneuvoises sont plus que des partenaires, elles sont la Ville.          .

Je crois que le bénévolat pur tend à disparaître. Sans payer pour autant le militant associatif, un statut est à lui trouver. .

 

Originalité et audace.

 

P. Y.F. : Pour la 2e piscine, le Conseil Municipal n'a-t-il pas manqué d'audace dans son choix?

L'équipement retenu pourrait être plus original pour une Technopole?

 

G.C.: L'originalité et l'audace, c'est de faire une piscine en 1988, alors que d'autres villes en fer­ment. C'est considérer que le sport et les loisirs sont des conditions indispensables de développement d'une ville. C'est encore faire une piscine de loisirs pour un prix d'entrée deux à trois fois plus fai­ble que celui des piscines privées et à un coût pour la collectivité guère plus élevé.

Une autre originalité peut être: après de longues études et un long débat, c'est d'avoir su décider. C'est-à-dire avoir fait un choix entre des solutions qui ont chacune et des avantages et des inconvé­nients. Depuis dix ans, envers et contre tout, c'est ce que nous avons toujours voulu faire et que nous continuerons à faire.

 

Propos recueillis

par Pierre-Yves Flament

auprès de Gérard Caudron,

le 20 octobre 1987.


 

 

 

      

"Il n'est pas nécessaire d'être d'accord sur tout pour bien travailler ensemble au service de tous!"