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RÉSOLUMENT VERS L'AVENIR
P.Y.F.: Vous voilà maire depuis dix ans,
prêt semble-t-il à continuer. Êtes vous devenu un notable?
G. CAUDRON: Si un notable, c'est un homme déconnecté de la réalité et
des préoccupations des gens, alors non je ne le suis pas. Si c'est être
connu, présent, si c'est vivre avec la population, alors oui, je veux
bien l'être.
P.Y.F.: Le T.G.V. à Lille est-ce une
chance pour la Métropole? la mise sur rail du Grand Lille?
G.C.: Le T.G.V. à Lille, c'est certainement une chance pour la
Métropole, le Département et la Région, à deux conditions :
- qu'il se
fasse effectivement,
- qu'il se traduise par une restructuration qui rende la Métropole plus
attractive.
N'oublions jamais qu'une voie de communication performante entre deux
pôles, peut, selon le cas, enrichir les deux pôles ou en appauvrir un
au profit de l'autre.
Le Grand Lille: une idée rétro.
Quant au Grand Lille, c'est une idée rétro des années 70. La
coopération intercommunale de l'an 2000 se pose à d'autres niveaux plus
diversifiés. Tout d'abord, l'émiettement des communes n'a pas que des
inconvénients: la multiplicité des élus rapproche le pouvoir des
citoyens.
Cela dit, il faut faire mieux fonctionner les structures de
coopération intercommunales existantes (syndicats ou communauté
urbaine)
Imaginons enfin d'autres formes moins liées à la géographie: créer par
exemple des liaisons interrégionales pour la recherche, la formation,
la technologie, l'économie... Cessons de vouloir toujours gagner la
dernière guerre.
Si le TGV peut donner à Lille une idée moderne de la grandeur, tout le
monde sera gagnant.
P.Y.F.: La crise que traversent vos
partenaires communistes n'est-elle pas inquiétante pour l'avenir de la
Gauche Villeneuvoise?
G.C.: L'Union de la Gauche existe encore, au moins _u sein du Conseil
Municipal. Pour le reste, le P.C. a sa politique propre qui l'amène
régulièrement à nous porter des coups. Mais est-ce vraiment nouveau?
Son affaiblissement est réel. Se poursuivra-t-il? Je n'ensuis pas sûr.
Au bout de dix ans, si le P.C. n'est plus l'allié exclusif de notre
action municipale, il reste un allié naturel, représentatif d'une
fraction non négligeable de notre électorat.
P.Y.F.: Le club Unité 89 que vous avez
fondé, rassemblant ceux qui se sentent le cœur à gauche, n'est-ce pas
pour assurer justement vos arrières et préparer une prochaine liste
municipale?
G.C.: C'est
tout simplement pour défendre des idées avec tous ceux qui les
partagent, hors des structures traditionnelles. La prochaine liste,
c'est une autre affaire, mais il est vrai que nous pourrons envisager
de l'ouvrir plus largement à d'autres personnalités.
Aider et réinsérer les plus démunis.
P.Y.F.: Votre formation politique, le
P.S., envisage de donner aux plus démunis un minimum social garanti. Que
pouvez-vous faire localement? N'y a-t-il pas risque d'avoir d'un côté
les assistés, de l'autre, ceux qui ne le sont pas?
G.C.: Au contraire, l'objectif de cette proposition est de mettre ainsi
en place un système d'insertion ou de réinsertion sociale des plus
défavorisés. La condition d'attribution de ces aides financières
complémentaires, ce sera la formation et une tâche d'intérêt collectif.
Si localement on peut, dès à présent, améliorer le système existant, la
mise en place à un niveau plus élevé de ce minimum social supposera un
financement de l'État, grâce à une imposition des plus riches.
A Villeneuve-d'Ascq, nous envisageons de revoir notre manière
d'attribuer les aides par le biais du Centre Communal d'Action
Sociale... Nous allons en coordination avec l'ensemble des partenaires
concernés, proposer des formations à ceux que nous aidons.
P.Y.F.: Vous êtes un anti LePen notoire. Vous
avez cédé au charme d'Harlem Désir.
Le Président de SOS Racisme a proposé dans les
villes la création de comités de prévention du racisme. Vous y avez
songé?
G.C.: Je suis un adversaire acharné de l'intolérance, de la violence et
de la sottise.
Je suis donc un adversaire acharné de l'extrême droite qui me le rend
bien.
J'apprécie H. Désir depuis longtemps. J'ai répercuté son idée de comité
de prévention. Mais l'idée est vite retombée. C'est dommage.
P.Y.F.: Le vote des immigrés aux
élections municipales pour faciliter leur intégration, y êtes-vous
favorable?
G.C.: A titre personnel, je ne suis pas pour. Le droit de vote doit
rester un attribut de la nationalité, sauf accord de réciprocité entre
les pays. Tout autre critère risque d'avoir des effets pervers qui nous
fassent reculer.
C'est pourquoi entre autres raisons je suis contre une réforme du Code
de la Nationalité. Il faut aussi, à chaque moment, chercher les bases
d'un meilleur dialogue avec les populations immigrées pour déboucher sur
des formes de participation de ces populations à la vie collective.
P.Y.F.: Vous venez d'être réélu
président de l'Union départementale des élus socialistes et
républicains. Quels sont là vos objectifs?
G.C.: Permettre que la connaissance du terrain qu'ont les élus, inspire
davantage les décisions politiques.
Un club de prévention.
P. Y.F.: Vous avez dans vos
responsabilités de vice-président du Conseil Général les clubs de
prévention. Cela vous a-t-il aidé pour en obtenir un à
Villeneuve-d'Ascq?
G.G.: Depuis que je suis chargé de l'action sociale au Conseil Général,
j'ai essayé de repenser l'ensemble de nos interventions dans tous les
domaines. Pour les clubs de prévention, il a été décidé à la fois de
conforter le multi partenariat et d'obliger les collectivités locales à
s'y investir.
C'est ce qui se fait à Villeneuve d'Ascq où vient de se créer un club
de prévention, tant pour le Pont de Bois que pour la Cousinerie.
Tous les acteurs sociaux des quartiers concernés, animateurs,
associations, assistantes sociales, sont impliqués et se retrouvent
dans l'association AVANCE. La ville participe.
D'autres clubs de prévention sont mis en place dans des villes qui
acceptent notre double condition.
Jumelage.
P.Y.F.: Vous partez pour un voyage au
Canada. Faut-il y voir les prémices d'un nouveau jumelage à l'image de
celui noué avec Stirling?
G.C.: il y a plusieurs mois, j'ai dit que nous devions diversifier nos
relations internationales. C'est ce que nous faisons avec Hull. Nous
voudrions à Villeneuve-d'Ascq, une Maison du Canada Français et être
nous, Villeneuvois au Québec, des "Ambassadeurs" de notre Région.
Outre la promotion de la francophonie, notre jumelage avec Hull sera
plus économique et plus culturel que celui avec Stirling qui est lui
d'abord l'échange de populations.
P.Y.F.: Et un jumelage coopération avec
une commune du Tiers Monde?
G.C.: C'est en cours. Mais difficile à établir, il faut d'abord déceler
les vrais besoins, trouver les bonnes solutions, s'associer aux bons
partenaires pour les mettre en œuvre.
P.Y.F.: Invité à l'Elysée, vous avez dit
à François Mitterrand, votre préoccupation quant au sort des personnes
âgées en perte d'autonomie. Quelles réponses apporter à ce problème de
plus en plus réel?
G.C.: Le quatrième âge, c'est le problème de notre société en cette fin
de siècle.
Y faire face, suppose un effort de tous. En particulier de l'État,
responsable de la Santé. Or, pour l'instant, ce dernier s'y refuse, en
raison de la réduction de ses dépenses, conséquence de la baisse des
impôts sur les plus fortunés. Il faut pour le 4e âge, des maisons
adaptées, de petites structures médicalisées. Tout le monde est
d'accord. Seul manque l'accord de l'État.
P.Y.F.: Vous dites aimer les enfants.
Pourquoi ne pas mettre en place un Conseil Municipal consultatif
d'enfants?
G.C.: Je n'ai jamais été favorable aux coups de pub. A l'échelle d'une
ville, c'est un peu artificiel. Je serais plus volontiers pour des
conseils d'enfants dans les quartiers. Mais j'attends la demande.
P.Y.F.: Fin novembre, ce sera la Foire
aux Associations. La vie associative ici comme ailleurs, ne se porte pas
très bien...
G.C.: La vie associative a souffert ces derniers temps. Le gouvernement
a "gratté" partout, y compris en lui supprimant des subventions, des
postes, des possibilités de formation. La crise économique, le chômage,
font aussi que l'engagement collectif diminue. Les gens sont tentés de
se replier sur eux-mêmes.
La relance de la vie associative doit d'abord passer par une nouvelle
volonté gouvernementale. Remarquons cependant que la vie associative
continue de se porter mieux ici qu'ailleurs.
Les associations Villeneuvoises sont plus que des partenaires, elles
sont la Ville. .
Je crois que le bénévolat pur tend à disparaître. Sans payer pour autant
le militant associatif, un statut est à lui trouver. .
Originalité et audace.
P. Y.F. : Pour la 2e piscine, le Conseil
Municipal n'a-t-il pas manqué d'audace dans son choix?
L'équipement retenu pourrait être plus
original pour une Technopole?
G.C.: L'originalité et l'audace, c'est de faire une piscine en 1988,
alors que d'autres villes en ferment. C'est considérer que le sport et
les loisirs sont des conditions indispensables de développement d'une
ville. C'est encore faire une piscine de loisirs pour un prix d'entrée
deux à trois fois plus faible que celui des piscines privées et à un
coût pour la collectivité guère plus élevé.
Une autre originalité peut être: après de longues études et un long
débat, c'est d'avoir su décider. C'est-à-dire avoir fait un choix entre
des solutions qui ont chacune et des avantages et des inconvénients.
Depuis dix ans, envers et contre tout, c'est ce que nous avons toujours
voulu faire et que nous continuerons à faire.
Propos
recueillis
par
Pierre-Yves Flament
auprès
de Gérard Caudron,
le 20
octobre 1987.
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