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"IL NE SUFFIT PAS D'ÊTRE HEUREUX,
IL FAUT ENCORE QUE LES AUTRES LE SOIENT"
Jules Renard
MJH: A l'heure des bilans de fin d'année,
quels sont pour vous les faits marquants à Villeneuve d'Ascq en 1987 ?
Gérard Caudron: C'est d'abord en positif la reconnaissance de la
Technopole comme une réalité concrète par les institutions et les
observateurs. C'était un pari au départ. Nous sommes en train de
le gagner. C'est aussi en positif, l'équilibre de la ville autour de ses
potentiels touristiques, associatifs et sportifs.
En négatif, ce sont l'aggravation des difficultés de vie pour une part
croissante de la population et au niveau de la Métropole la "dérive" de
la Communauté Urbaine.
MJH : Et en dehors de Villeneuve?
G.C.: Sur le plan international, 1987 fut une année marquée par
les prémices d'un désarmement en Europe, signé par les États Unis et
l'URSS en l'absence, malheureusement, de l'Europe.
Sur le plan national, l'aggravation de la crise et des misères dues à la
faillite de la politique dite libérale.
MJH: La ville se cherche une identité
culturelle autour de ses équipements. En 1988, la Maison d'accueil des
colloques (MAC) sera inaugurée sur le campus. Si on soulève le voile qui
recouvre '1e volet culturel de la technopole" que trouve-t-on derrière?
G.C.: La technopole n'est pas une fin en soi: les créations d'entreprises,
l'innovation, l'environnement universitaire sont des moteurs de la vie
et donc de la culture. Mais donner une identité culturelle à une ville
technopole qui a succédé à une ville nouvelle, ce n'est pas facile.
D'autant plus qu'il faut intégrer tout l'héritage culturel des 3 Cités
qui existaient avant 1970. Pour le moment, les structures existent, les
initiatives sont nombreuses. Nous avons cette année progressée dans les
domaines de la musique, des arts graphiques, de l'art moderne et du
livre. Il faut maintenant donner un souffle fort, une cohérence à toutes
ces manifestations. Il faut aussi les transformer en rendez-vous de
portée plus importante, favoriser les créations, se donner les moyens de
faire participer plus de monde.
Je fais confiance aux Villeneuvois pour y arriver dans les trois
prochaines années.
MJH: New Look également pour la Rose des
Vents. A l'extérieur, avec beaucoup de travaux, mais aussi à
l'intérieur. Outre les apports technologiques, quels projets avez vous
pour donner un nouveau tonus à cet équipement?
G.C.: La Rose des Vents, dans sa dimension nouvelle, se doit de
prendre sa place dans l'identité culturelle de la ville. Il faut
générer, communiquer, une nouvelle passion. Ce n'est pas le plus
facile!...
Tout projet présenté en ce sens sera un apport pour la ville et la
région. Cette dynamique requiert le punch qu'ont manifesté les
partenaires de la technopole depuis un an, et les Villeneuvois dans
leur ensemble depuis plus de 10 ans.
MJH: L'aménagement du centre ville va
peut-être trouver une solution avec le rachat des cellules vides de la
Chaussée de l'Hôtel-deVille, qui auront, pour la plupart, vocation à
rayonner dans les domaines de la technologie et de la culture. Avez-vous
renoncé à tout projet d'équipements commerciaux sur la Chaussée Haute ?
G.C. : Les projets actuels liés à la culture scientifique et aux
loisirs doivent animer la Chaussée de l'Hôtel-de-Ville. L'environnement
s'y prête. Globalement, le développement commercial du centre ville est
bon. TI va s'accélérer en 1988 et 1989. Nous aurons alors un centre
ville digne de ce nom, j'en suis sûr ! Il apparaît souhaitable, à côté
du secteur commercial de Valmy et de V2 qui doivent encore s'agrandir,
de rééquilibrer le quartier du côté de la Rose des Vents, de l'Hôtel de
Ville et du Commissariat.
MJH: La courbe de Babylone est équipée depuis
quelques mois de nouveaux signaux appelant à la prudence des
conducteurs. Pensez-vous que cela sera suffisant ?
G.C.: Les premières mesures d'urgence sont prises. Je les réclamais
depuis très longtemps. Mais le remède attaque les symptômes de la
maladie sans s'occuper de la cause; la rocade dessert une agglomération
et assure un transit international. Elle reste dangereuse. Il faudra
bien, à moyen terme, envisager des solutions plus radicales pour assurer
la sécurité: la déviation d'une partie du trafic sur une voie de
contournement de la ville à créer, ces mesures coûteuses doivent faire
appel à d'autres financements. Je continue à me battre pour attirer
l'attention des autorités sur ce problème. Le développement économique
de la Métropole passe aussi par de nouvelles voies de communication si
on veut en faire un vrai centre européen.
MJH: Les maires des 4 grandes villes de
la Métropole se sont rencontrés. Cette réunion, avant les prochaines
échéances électorales, - n'est-elle pas été programmée trop tôt ou trop
tard?
G.C. : Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Au-delà des projets de
société; les problèmes rencontrés par tous les maires sont du même
ordre. Si ces réunions sont l'expression d'une conscience commune de
dossiers porteurs d'avenir et de nouveau économique, autant les aborder
ensemble et vite. Ce sera profitable à tous !
MJH: Ces réunions sont-elles amenées à
se renouveler?
G.C. : Je souhaite en voir d'autres en 1988. Les partenaires semblent
.aujourd'hui d'accord.
MJH: Exit l'idée du Grand Lille avec des
fusions de communes. "Lille Métropole" sera le fruit de travaux menés en
collaboration. En quoi l'arrivée du TGV en gare de Lille
intéresse-t-elle Villeneuve-d'Ascq?
G.C.: Le TGV en gare de Lille, c'est un atout majeur pour une Métropole
de dimension européenne. C'est en effet l'enjeu de l'avenir.
Il est inutile, voire dérisoire, de peser au centime près, ce que
chacun apportera ou retirera de l'effort collectif et de ses résultats.
Tout doit s'additionner pour que Lille Métropole gagne avec Lille,
Roubaix, Tourcoing, Villeneuve d'Ascq et toutes les autres communes.
La Technopole, à quelques minutes de cette gare, en bénéficiera, tout
en la valorisant. Le TGV à Lille est une condition, un outil de
développement. Si on était au rugby, on dirait, c'est un essai. Reste à
le transformer.
MJH: Les problèmes quotidiens de bon
nombre de vos administrés restent éloignés des analyses prospectives:
expulsion, chômage, dénuement, délinquance, misère... un déphasage plus
apparent encore au moment de l'hiver et qui appelle à la mobilisation de
tous. Comment ressentez-vous ces restrictions de liberté, ces
difficultés de survie qui pénalisent, marginalisent, une partie de la
population ?
G.C.: L'aggravation des inégalités porte en soi l'explosion possible
de notre société. Il y a malheureusement,une valeur morale qui régresse
la notion morale de justice. La solidarité sans recherche de justice,
c'est de l'assistanat. La solidarité, que je défends politiquement,
c'est d'abord une solution d'attente, mais c'est surtout un état
d'esprit destiné à construire une société plus juste. Je ne peux
supporter la misère; elle m'angoisse! Je vis mal, permanences après
permanences, la misère, l'inquiétude, le désarroi des gens que je
rencontre. Je suis intimement interpellé, impliqué dans les drames de
ceux qui viennent chercher la moindre forme de secours auprès de moi...
Ces signaux de détresse sont poignants. Même si on rêve d'avenir,
d'essor économique, il ne faut pas oublier de se retourner sur le
chemin pour aider ceux qui ne peuvent suivre. IL doit y avoir une place
pour tout le monde. Le progrès ne se fera pas sans justice. Entre ceux
qui ont tout, et ceux qui n'ont plus d'espoir, il y a un fossé à
combler... TI n'est pas trop tard pour le comprendre!
MJH: Vous dites avoir consacré beaucoup
de temps, ces derniers mois, à la réflexion. Sur quoi porte-t-elle ?
G.C. : On parle tellement de mutation de la société que je m'interroge
sur son avenir et la place que doivent prendre les projets politiques
en l'An 2000.
Avons-nous, socialistes, des réponses adaptées à cette évolution et
lesquelles? Comment éviter la "société duale" chère aux économistes et
aux sociologues? Comment préserver sa différence, quand le moule
menace? Le faut-il ? Et quels moyens utiliser ?...
MJH: La ville vit maintenant au rythme de
la formulation des vœux pour 1988. Si une bonne fée réalisait un de vos
vœux, mais un seul, quel serait-ce?
G.C.: Il faudrait que ce soit une bonne fée "hors cadre" ! Mon vœu
serait que je puisse résoudre quotidiennement une situation sociale
dramatique ! M'enlever ainsi ce sentiment d'impuissance qui m'étreint
face à la misère de tant de gens !
Ajouterais-je un peu moins d'intolérance et de violence partout... Mais
là, ce n'est plus un vœu, ni même un rêve! C'est le domaine du fantasme
!...
Propos
recueillis le 28 décembre
auprès de M. Gérard Caudron
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