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N° 41 - janvier 1989

 

RÊVER SA VILLE ET AGIR AU QUOTIDIEN

 

 

LA CULTURE: UN ENJEU POUR VillENEUVE...

 

P.Y.F. : La culture ne semblait pas jusqu'ici une priorité pour vous. Voici que vous la présentez comme un atout à mettre en valeur, à développer pour Villeneuve demain. Quelles sont pour vous les composantes d'une politique culturelle pour votre ville?

 

Gérard Caudron: Nous devons à la fois:

- Conforter ou lancer des actions culturelles permet­tant au plus grand nombre possible de Villeneuvois, d'y accéder;

- Développer notre dimension culturelle régionale, natio­nale et européenne.

Il faut aussi créer des événements qui fassent parler de nous et qui renforcent "notre image".

 

P. Y. F. : Une ville jeune ne doit-elle pas aussi mettre l'accent sur une culture pour les jeunes (rock, mode, vidéo...) ?

 

G.C. : Je crois beaucoup aux jeunes. Et je suis prêt à continuer à aider leurs projets. A condition qu'ils accep­tent aussi, à chaque fois, de faire la part des rêves et des réalités.

Oui, sous toutes ses formes, la culture est un des grands enjeux pour Villeneuve-d'Ascq, dans les dix prochaines années.

 

UN CONCOURS POUR LE CENTRE VILLE

 

­P.Y.F: Méfiant vis-à-vis des concours d'architecte, vous prenez finalement la décision d'en lancer un pour l'amé­nagement du centre ville. Comment se présentera ce cen­tre ville demain?

 

G. C. : Déjà le sud du quartier se développe bien.

L'important aujourd'hui et pour demain tient dans  l'aménagement du Nord: entre la Rose des Vents, le commissariat et le métro. Sans oublier la place Allende et les rues piétonnes.

Il faudra y prévoir de nouveaux éléments d'animation: comme des restaurants, un hôtel, avec les parkings nécessaires...

Assurer des liaisons entre la chaussée Haute et le boulevard Van-Gogh.

La pièce; maîtresse y sera le centre de cul­ture scientifique de l'ALIAS.

L'hôtel de ville, avec son extension à cons­truire, deviendra la maison du citoyen: un lieu où en plus des services à rendre à la population seront proposées des anima­tions (ludothèque...).

Nous avons donc fait le choix de lancer un concours d'aménagement, pour limiter les erreurs dues à des précipitations, intégrer les contraintes, y compris financières et foncières, et élargir la gamme des possibilités.

 

 

CONSTRUIRE DE NOUVEAUX LOGEMENTS

 

P. Y.F. : Il reste des zones constructibles dans la ville. La construction de logements, arrêtée avec la finition de la ville nouvelle pourrait-elle reprendre?

 

G.C. : Nous avons en effet décidé en son temps, de réduire les constructions de logements. Puis la D.D.E. (direction dépar­tementale de l'équipement) et la commu­nauté urbaine ont coupé tout crédit au profit d'autres villes.

Nous ne reprendrons pas de grandes opé­rations d'urbanisation, si je suis élu.

Mais il y a la liaison avec les quartiers Nord à réaliser, quelques "dents creuses" à bou­cher, quelques lotissements pour person­nes âgées ou jeunes ménages à prévoir. Peut-être aussi un programme, dans le cadre de l'aménagement économique de la zone de la Haute-Borne, inscrite dans la charte des quatre grandes villes de la métropole.

Mais construire des logements n'est pas un enjeu essentiel pour nous. Obtenons d'abord l'amélioration des logements exis­tants et de leur environnement. Obtenons de l'État, une politique plus sociale du loge­ment social. Et surtout, continuons à déve­lopper économiquement notre ville.

Comment éviter, qu'il y ait, au niveau de l'Europe, des millions de gens, qui ne vivent que d'assistance et de jeux télévisés?

Comme à l'époque de la décadence de l'empire romain, tout ce peuple qui n'avait que les jeux et le pain...

P. Y. F. : Le risque n'est-il pas d'institutio­naliser la pauvreté, si le volant d'insertion du R.M.I. ne joue pas à plein?

 

G.C. : Le risque n'est pas d'institutionna­liser la pauvreté. Elle existe et se déve­loppe. Le R.M.I. peut la réduire, du moins pécuniairement.

Le risque est de laisser se créer une société où des gens auront travail, utilité, ambition, argent et pouvoir aux côtés d'une masse d'assistés sans projet, ni avenir.

Ce serait cela, sans nul doute la fin, à terme, de la Démocratie.

 

SE MOBILISER CONTRE LA PAUVRETÉ

 

P. Y.F : Vous êtes contre l'assistanat. L'esprit de la loi du R.M.I. (revenu minimum d'insertion) qui lie allocation et action inser­tion doit donc vous convenir. Comment, vous, en tant que vice président du conseil général, chargé du R.M.I. et en tant que maire, comptez-vous aller plus loin pour permettre /'insertion des plus défavorisés?

G.C. : En matière d'insertion et de réinser­tion, on ne part pas de rien. Il existe déjà des politiques et des institutions fortes. Mais il faut passer à une dimension net­tement supérieure. Je l'ai souvent répété, il faut une mobilisation de l'ensemble de la société. Ce n'est pas seulement ou sim­plement la tâche d'un gouvernement mais celle du pays tout entier.

Cornent en l'an 2000, réussir à trouver à chacun une place, une utilité, un rôle dans la société?

 

UN ÉQUIPEMENT DE TAILLE EUROPÉENNE...

 

P. Y.F. : L'Europe, comment réussirez-vous à y intéresser les Villeneuvois?

 

G.C. : D'abord en répétant et en expliquant inlassablement à chacun que l'Europe est la condition absolument nécessaire pour nos enfants, de la survie, dans un monde dur, des valeurs auxquelles nous sommes très attachés: liberté, démocratie, culture, histoire, humanité; tout en développant l'efficacité économique.

Ensuite, en faisant de la Région Nord – Pas-­de-Calais un véritable carrefour européen. Et dans ce cadre, en y jouant à fond, la carte Villeneuvoise.

Et pour cela, il faudra obtenir sur Villeneuve, un équipement universitaire, économique ou culturel, de taille européenne.

C'est loin d'être gagné. Mais je m'y attache­rai avec toutes mes forces.

 

SE TOURNER VERS LE TIERS-MONDE

 

P. Y. F : On vous sent plutôt réservé ces der­niers temps quant à des relations possibles avec le Tiers-Monde. Est-ce dire que vous ne croyez pas ou plus à un partenariat avec une ville du Tiers-monde?

 

G.C. : Je suis partisan d'une action forte des pays industrialisés vis-à-vis du Tiers­Monde. Les déséquilibres actuels sont mor­tels. Mais c'est vrai que pour avoir étudié de près certaines expériences de partena­riat Ville Tiers Monde, j'en sens les limites et les risques.

Bien sûr elles peuvent concourir à des pri­ses de conscience. Et cela aussi, il ne faut pas se le cacher, donne "bonne cons­cience". Mais les résultats en sont souvent bien minces.

Je suis prêt à examiner tout projet. Mais je serai extrêmement vigilant.

 

ROCADE: NE PAS FAIRE QU'Y PASSER

 

P. Y. F. : La rocade, tout comme la voie fer­rée, tronçonne la ville. De cette erreur des urbanistes, vous voulez faire un atout. Mais la rocade est saturée. Elle ne joue pas encore son rôle de vitrine économique comme vous le souhaiteriez. Et puis com­ment donner l'envie à ceux qui ne l'emprun­tent que pour traverser la ville, de s'y arrêter?

 

G.C. : Saturée à certaines heures? Oui, elle l'est. Et il faut prévoir le contournement­ est de Villeneuve-d'Ascq.

Vitrine économique de la ville: elle l'est dans les faits. Les terrains, pour la plupart, ont déjà été commercialisés.

Donner l'envie de s'arrêter: c'est tout le problème de nos projets, de notre attracti­vité, de nos grands équipements, de notre image culturelle, sportive, écologique.

 

.COUR, COURTISANS, SEDUCTION…

 

P.Y.F. : Vous avez vos courtisans, N'y a-t-il pas danger qu'ils fassent écran aux critiques que sans doute vous pourriez recevoir ?

 

G.C. / Je n'ai ni cour, ni courtisans. C'est peut être pour cela que je ne ferai surement jamais une grande carrière politique.

Mais avoir une cour qui vous étouffe, même si elle a de bonnes intentions, c'est se couper des gens et des réalités.

La contestation, non seulement je la perçois, mais j'y suis confronté en permanence, dans mes rencontres physiques, nombreuses avec les Villeneuvois, par le courrier que je reçois, par les messages minitel, et le téléphone.

Ne vous inquiétez pas : je ne vis pas dans les nuages et je n'ai pas "la grosse tête".

 

P.Y.F. : Tout de même, vous cherchez à séduire. ! en politique entendons nous…

 

G.C. Tout le monde cherche à séduire.

Est c'est vrai que j'aime être aimé, dans le cadre public de mon action.

Mais je n'ai jamais, ni sur le fond, ni sur la forme, de démagogie.

Mon souci n'est pas de séduire, mais de réussir à faire ce à quoi je m'engage.

 

P. Y.F. : Votre parti, le P.S., en 1981, pro­posait de changer la vie. On ne peut plus dire qu'il cherche à nous faire rêver mainte­nant. Le programme municipal que vous défendrez en mars prochain, en tant que tête de liste, et socialiste, laissera-t-il une part au rêve lui?

 

G.C. : Toute la question est là quand on éla­bore un programme: avoir des projets qui fassent rêver ceux qui en ont besoin. Comme par exemple un équipement pilote dans le domaine de la culture scientifique. Autre exemple: faire de Villeneuve, un pôle écologique, scientifique et grand public.

Autre exemple encore: être la ville où se créent de grands événements culturels et sportifs.

Mais il faut dans le même temps, du réalisme. En particulier du réalisme financier. Éviter des tentations "mégalomanes". Car il faut aussi rendre les services quotidiens à ceux pour qui c'est nécessaire. Améliorer les services qui existent, en créer de nouveaux.

C'est peut-être cela le plus difficile: rêver sa ville, et agir au quotidien pour essayer de résoudre les préoccupations de chacun.

 

UNE VILLE LABYRINTHE : REVOIR LA SIGNALISATION

 

P.Y.F. : Villeneuve d'Ascq apparaît comme une ville labyrinthe. Surtout pour les gens qui n'y habitent pas et qui appréhendent toujours de s'y rendre et d'y circuler, de peur de s'y perdre. Les panneaux d'indication routière sont innombrables. Mais devant une telle surinformation on ne s'y retrouve plus. Ne pensez vous pas qu'il y a quelque chose à faire pour améliorer cette situation et rendre ainsi la ville plus accueillante ?

 

G.C. : Il est vrai que la ville est très étendue.

Il est vrai aussi que l'urbanisation "Ville nouvelle", faite souvent pour concilier un sentiment d'autonomie de chacun dans un environnement par ailleurs très collectif difficile  la recherche de telle maison ou tel appartement.

A mon avis il n'y a pas de grande solution "miracle". Mais d'abord toute une série d'amélioration de signalisation pour certains lotissement ou groupes d'immeubles.

Il faudra aussi un jour, mais là, c'est de la compétence de la communauté urbaine, revoir le plan global de la grande signalisation, pensé il y a dix ans

 

Propos recueillis par Pierre- Yves Flament auprès

de Gérard Caudron.

Le 2 janvier 1989.