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"NON
AUX SURENCHÈRES DU SPORT-FRIC"
LE SPORT DE HAUT NIVEAU ET LA MÉTROPOLE
P.Y.F. : Souhaitez-vous que les compétences communautaires soient
élargies, notamment aux domaines culturel et sportif?
Gérard Caudron: Que la communauté urbaine fasse correctement ce
pourquoi elle est compétente et ce sera déjà bien! Mais je conviens
qu'au bout de 20 ans de son existence, on puisse envisager de la «
toiletter ». En lui rajoutant ou en lui enlevant certaines compétences.
Il y a des problèmes qui ne se posaient pas voici 20 ans et qui
pourraient être abordés à l'échelle de la Métropole aujourd'hui. Comme
celui du sport de haut niveau par exemple.
P.Y.F. : Hé bien justement, Pierre Mauroy, président de la C. U.
D. L. a lancé l'idée d'un grand club omnisport communautaire. Vous êtes
favorable à un tel projet?
Gérard Caudron: Il est dans la logique que certaines opérations,
certaines structures soient à l'échelle de la Métropole, surtout si
celle-ci a des prétentions européennes.
Au niveau culturel ou sportif, pourquoi pas! Il faut rassembler,
additionner les énergies, les financements.
Cela dit, je ne suis pas prêt à entrer dans le jeu de la surenchère du
sport-fric, tel que je le vois se développer. A Villeneuve, notre
politique sportive a trois objectifs: développer le sport de masse,
aider les clubs qui percent, favoriser l'organisation de grands
événements sportifs. Pour le sport de masse, je crois qu'on réussit
bien. Mais certains clubs, dès qu'ils ont atteint un certain niveau,
s'autorisent à réclamer, exiger. Je suis contre ces débordements, et
pour la clarté. Si d'aucuns ne le comprennent pas et ne l'acceptent pas,
qu'ils aillent voir ailleurs, s'ils le veulent!
Tant que l'on n'aura pas résolu plus globalement le statut des clubs
sportifs, des sportifs de haut niveau, leur plan de carrière, moi, en
tant que maire, je ne suis pas décidé à engager la ville dans une
aventure financière aussi bien au niveau de Villeneuve d'Ascq, que de la
Métropole.
Il y a actuellement trop de brouillard dans le monde sportif. Et si
demain, il y avait un projet sportif entre les communes, j'irai aux
réunions préparatoires et j'y tiendrai ce même discours.
UN SONDAGE, POURQUOI FAIRE?
P.Y.F. : Interpellé par le taux d'abstention important à la récente
élection cantonale partielle, vous avez passé commande d'un sondage
d'opinion pour en comprendre les raisons. Est-ce bien utile? Les
raisons, on les connait...
Gérard Caudron: Ce taux d'abstention de 73% est énorme. Et n'importe
quelle excuse ne peut le camoufler.
Bien sûr, on peut avancer toute une série de raisons: la fatigue de
voter, le froid, le brouillard, la grippe, le week-end dans la famille,
la grogne vis-à-vis du gouvernement, de la municipalité... çà, tout le
monde peut le dire, mettant en avant l'une ou l'autre de ces raisons,
selon des convictions ou intérêts. Je veux un sondage très simple, sur
fonds publics, qui permettra de hiérarchiser ces raisons. Il sera rendu
public. S'il apparaît que certaines concernent un domaine dont la
municipalité a compétence, des mesures pourront être prises par la
ville pour y remédier.
UNIVERSITÉS,
ÉTU DIANTS. LA VILLE PEUT AIDER.
P.Y.F. : Les universités sont au bord de l'asphyxie. Les
mouvements de protestation s'y amplifient, pour réclamer plus de
moyens, plus de profs, plus de locaux. En tant que maire d'une ville
universitaire, Qu'avez-vous dit l'autre jour au représentant du
ministère en l'accueillant?
Gérard Caudron: Je lui ai dit que nos universités étaient juste en
dessous de la taille minimum pour être de dimension européenne, Elles
pourraient l'atteindre si un effort supplémentaire leur était consenti.
Certes l'État a beaucoup fait depuis un an pour nos universités
régionales, en débloquant des moyens sans commune mesure avec ce qu'il
leur accordait précédemment. Je souhaite un contrat entre la ville, le
département, la Région, l'État, dans lequel chacun précisera ce qu'il
apportera, en fonction de ses compétences, pour les universités.
P.V.F. : Justement, que peut apporter la ville aux universités et
aux étudiants?
Gérard Caudron: Elle peut (et elle le fait déjà) améliorer
l'environnement universitaire (aménagement de voiries, d'espaces
verts), le compléter d'équipements (la M.A.C.C., une couveuse
d'entreprises).
Elle tente de créer un environnement commercial et de vie urbaine. Elle
peut concourir demain à faire des réserves foncières, dans le cadre du
P.O.S., qui permettraient des extensions universitaires. Elle est prête
à étudier une forme d'allocation aux étudiants des familles
villeneuvoises, ayant de faibles ressources.
Pour les logements étudiants, dans la mesure où l'État veut bien
débloquer des prêts locatifs aidés, la ville pourrait faciliter leur
construction au niveau des terrains.
INSERTION SOCIALE: VERS UN
PARTENARIAT DE MEILLEURE QUALlTÉ
P.V.F. : L'instauration du R.M.I. n'a pas fait disparaître la
grande pauvreté, Il y a toujours des sans abri et les restos du cœur...
Gérard Caudron: Le Revenu Minimum d'Insertion a fait disparaître la
masse de la plus grande misère. Mais il n'a pas résolu les problèmes du
logement, et de toutes les formes de pauvreté...
Ce n'est pas avec le R.M.I. que l'on est riche!
Il n'a pas résolu non plus le cas des populations tellement
marginalisées qu'elles restent ou préfèrent vivre en clochards.
Les restos du cœur, c'est « un petit plus» pour des gens qui n'ont pas
grand chose. C'est aussi un acte de solidarité.
La mise en place du R.M.I. et de son volet insertion surtout, a permis
de faire évoluer la pratique sociale. Notamment à Villeneuve d'Ascq,
nous avons beaucoup progressé vers un partenariat de meilleure qualité.
Nous avons surtout donné à des structures auparavant non officielles,
les moyens de pouvoir prouver ce dont elles sont capables de faire,
pour l'insertion des populations en difficulté.
L'ANNÉE DE LA
RÉVOLUTION EUROPÉENNE
P.Y.F. : En cette fin d'année, on n'échappe pas au coup d'œil dans
le rétroviseur. Quels moments, quels événements resteront pour vous les
plus forts de 1989 ?
Gérard Caudron: On pensait que 1989 resterait l'année du bicentenaire de
la Révolution Française. Or dans l'Histoire, elle restera celle de la
Révolution Européenne, à l'Ouest et surtout à l'Est.
1989 est un grand crû pour les Droits de l'Homme. On a plutôt
l'impression, pour une fois, que le monde s'est démocratisé et s'est
pacifié, et non le contraire.
Mais est-ce irréversible? Rien n'est moins sûr!
Le semestre de la présidence française à la C.E.E., avec François
Mitterrand, aura fait avancer l'Europe. Avec comme point fort, la charte
sociale, même si celle-ci a été plus édulcorée que souhaitée.
Localement, je retiendrai le déblocage de la Communauté Urbaine, les
moyens, la volonté mis en œuvre pour sortir de la situation stupide dans
laquelle nous pataugions. On en conviendra, ce qui se passe ressemble
bien à ce que je réclamais depuis deux ans. La ville, si elle est l'un
des acteurs de ce déblocage, bénéficie aussi de cette situation neuve.
Plus personne ne cherche actuellement à nous jeter des peaux de bananes,
ou nous bloquer des dossiers.
La réélection, avec plus de 63% des suffrages, de notre équipe
municipale, c'est aussi important.
Et puis, il y a, aussi mon élection de député européen, et l'équilibre
nouveau que j'ai dû trouver entre ce mandat européen et celui de maire.
PAS DE DÉPUTÉ
AU-DESSUS DES LOIS!
P.Y.F. : En tant que député européen, vous avez voté la levée de
l'immunité parlementaire de Jean-Marie Le Pen. N'est-ce pas lui faire
un coup de pub?
Gérard Caudron: Comme une majorité de parlementaires, j'ai voté cette
levée d'immunité. Je regrette qu'une partie de la Droite libérale (dont
Giscard d'Estaing) ne l'ait pas votée, et que le porte-parole des Verts
ait dit qu'ils ne la voteraient pas. Même si, aux décomptes des voix, on
a pu constater que certains Verts français l'avaient votée.
Lever l'immunité parlementaire de J.-M. Le Pen, c'est permettre aux
tribunaux français de le poursuivre, voir si, par ses déclarations
racistes, il a bafoué la loi.
Nous avons préféré prendre le risque de lui faire de la publicité, voire
même de le faire passer pour un martyr aux yeux de certains; mais au
moins, en tant que démocrates, nous ne nous sommes pas déculottés, et
avons gardé notre honneur. N'oublions jamais les années 30 !
P.Y.F. : Les politiques se sont dérobés à l'émission « Spécial
Immigration » sur TF1. Seuls Tapie et Le Pen y sont venus. Vous auriez
participé, vous, à une telle émission?
Gérard Caudron: Je ne me suis pas posé la question. Déjà que je n'arrive
pas à passer dans les pages Région et Métropole des quotidiens
régionaux! Cela dit, aucun débat ne me fait peur.
P.Y.F. : Cela ne vous a-t-il pas gêné que votre parti collabore
avec la Droite à Dreux et à Marseille?
Gérard Caudron: Moi j'étais contre le fait d'appeler, à Dreux, à voter
pour un candidat R.P.R., défendant dans les faits, les mêmes idées que
celui du Front National.
Je pense qu'il faut mieux, comme l'a dit Michel Noir, perdre une
élection que perdre son âme. Et à Dreux, on a non seulement perdu une
élection mais aussi son âme.
Propos recueillis par
Pierres-
Yves Flament
auprès
de Gérard Caudron,
maire et député européen,
le 21 décembre 1989. |