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N° 51 - janvier 1990

 

 

 "NON AUX SURENCHÈRES DU SPORT-FRIC"

 

 

LE SPORT DE HAUT NIVEAU ET LA MÉTROPOLE

 

P.Y.F. : Souhaitez-vous que les compétences commu­nautaires soient élargies, notamment aux domaines cul­turel et sportif?

Gérard Caudron: Que la communauté urbaine fasse cor­rectement ce pourquoi elle est compétente et ce sera déjà bien! Mais je conviens qu'au bout de 20 ans de son existence, on puisse envisager de la « toiletter ». En lui rajoutant ou en lui enlevant certaines compétences. Il y a des problèmes qui ne se posaient pas voici 20 ans et qui pourraient être abordés à l'échelle de la Métropole aujourd'hui. Comme celui du sport de haut niveau par exemple.

P.Y.F. : Hé bien justement, Pierre Mauroy, président de la C. U. D. L. a lancé l'idée d'un grand club omnisport com­munautaire. Vous êtes favorable à un tel projet?

Gérard Caudron: Il est dans la logique que certaines opérations, certaines structures soient à l'échelle de la Métropole, surtout si celle-ci a des prétentions euro­péennes.

Au niveau culturel ou sportif, pourquoi pas! Il faut ras­sembler, additionner les énergies, les financements.

Cela dit, je ne suis pas prêt à entrer dans le jeu de la surenchère du sport-fric, tel que je le vois se dévelop­per. A Villeneuve, notre politique sportive a trois objec­tifs: développer le sport de masse, aider les clubs qui percent, favoriser l'organisation de grands événements sportifs. Pour le sport de masse, je crois qu'on réussit bien. Mais certains clubs, dès qu'ils ont atteint un cer­tain niveau, s'autorisent à réclamer, exiger. Je suis contre ces débordements, et pour la clarté. Si d'aucuns ne le comprennent pas et ne l'acceptent pas, qu'ils aillent voir ailleurs, s'ils le veulent!

Tant que l'on n'aura pas résolu plus globalement le statut des clubs sportifs, des sportifs de haut niveau, leur plan de carrière, moi, en tant que maire, je ne suis pas décidé à engager la ville dans une aventure financière aussi bien au niveau de Villeneuve d'Ascq, que de la Métropole.

Il y a actuellement trop de brouillard dans le monde sportif. Et si demain, il y avait un projet sportif entre les commu­nes, j'irai aux réunions préparatoires et j'y tiendrai ce même discours.

 

UN SONDAGE, POURQUOI FAIRE?

 

P.Y.F. : Interpellé par le taux d'abstention important à la récente élection cantonale partielle, vous avez passé commande d'un sondage d'opinion pour en comprendre les raisons. Est-ce bien utile? Les rai­sons, on les connait...

 

Gérard Caudron: Ce taux d'abstention de 73% est énorme. Et n'importe quelle excuse ne peut le camoufler.

Bien sûr, on peut avancer toute une série de raisons: la fatigue de voter, le froid, le brouillard, la grippe, le week-end dans la famille, la grogne vis-à-vis du gou­vernement, de la municipalité... çà, tout le monde peut le dire, mettant en avant l'une ou l'autre de ces rai­sons, selon des convictions ou intérêts. Je veux un sondage très simple, sur fonds publics, qui permet­tra de hiérarchiser ces raisons. Il sera rendu public. S'il apparaît que certaines concernent un domaine dont la municipalité a compétence, des mesures pour­ront être prises par la ville pour y remédier.

 

 

       UNIVERSITÉS, ÉTU DIANTS. LA VILLE PEUT AIDER.

 

P.Y.F. : Les universités sont au bord de l'asphyxie. Les mouvements de protesta­tion s'y amplifient, pour réclamer plus de moyens, plus de profs, plus de locaux. En tant que maire d'une ville universitaire, Qu'avez-vous dit l'autre jour au représen­tant du ministère en l'accueillant?

 

Gérard Caudron: Je lui ai dit que nos uni­versités étaient juste en dessous de la taille minimum pour être de dimension euro­péenne, Elles pourraient l'atteindre si un effort supplémentaire leur était consenti. Certes l'État a beaucoup fait depuis un an pour nos universités régionales, en déblo­quant des moyens sans commune mesure avec ce qu'il leur accordait précédemment. Je souhaite un contrat entre la ville, le département, la Région, l'État, dans lequel chacun précisera ce qu'il apportera, en fonction de ses compétences, pour les uni­versités.

 

P.V.F. : Justement, que peut apporter la ville aux universités et aux étudiants?

 

Gérard Caudron: Elle peut (et elle le fait déjà) améliorer l'environnement universi­taire (aménagement de voiries, d'espaces verts), le compléter d'équipements (la M.A.C.C., une couveuse d'entreprises).

Elle tente de créer un environnement com­mercial et de vie urbaine. Elle peut concou­rir demain à faire des réserves foncières, dans le cadre du P.O.S., qui permettraient des extensions universitaires. Elle est prête à étudier une forme d'allocation aux étu­diants des familles villeneuvoises, ayant de faibles ressources.

Pour les logements étudiants, dans la mesure où l'État veut bien débloquer des prêts locatifs aidés, la ville pourrait faciliter leur construction au niveau des terrains.

 

INSERTION SOCIALE:     VERS UN PARTENARIAT DE MEILLEURE QUALlTÉ

 

P.V.F. : L'instauration du R.M.I. n'a pas fait disparaître la grande pauvreté, Il y a toujours des sans abri et les restos du cœur...

 

Gérard Caudron: Le Revenu Minimum d'Insertion a fait disparaître la masse de la plus grande misère. Mais il n'a pas résolu les problèmes du logement, et de toutes les formes de pauvreté...

Ce n'est pas avec le R.M.I. que l'on est riche!

Il n'a pas résolu non plus le cas des popu­lations tellement marginalisées qu'elles res­tent ou préfèrent vivre en clochards.

Les restos du cœur, c'est « un petit plus» pour des gens qui n'ont pas grand chose. C'est aussi un acte de solidarité.

La mise en place du R.M.I. et de son volet insertion surtout, a permis de faire évoluer la pratique sociale. Notamment à Villeneuve d'Ascq, nous avons beaucoup progressé vers un partenariat de meilleure qualité.

Nous avons surtout donné à des structures auparavant non officielles, les moyens de pouvoir prouver ce dont elles sont capa­bles de faire, pour l'insertion des popula­tions en difficulté.

 

L'ANNÉE DE LA RÉVOLUTION EUROPÉENNE

 

P.Y.F. : En cette fin d'année, on n'échappe pas au coup d'œil dans le rétroviseur. Quels moments, quels événements resteront pour vous les plus forts de 1989 ?

 

Gérard Caudron: On pensait que 1989 resterait l'année du bicentenaire de la Révo­lution Française. Or dans l'Histoire, elle restera celle de la Révolution Européenne, à l'Ouest et surtout à l'Est.

1989 est un grand crû pour les Droits de l'Homme. On a plutôt l'impression, pour une fois, que le monde s'est démocratisé et s'est pacifié, et non le contraire.

Mais est-ce irréversible? Rien n'est moins sûr!

Le semestre de la présidence française à la C.E.E., avec François Mitterrand, aura fait avancer l'Europe. Avec comme point fort, la charte sociale, même si celle-ci a été plus édulcorée que souhaitée.

Localement, je retiendrai le déblocage de la Communauté Urbaine, les moyens, la volonté mis en œuvre pour sortir de la situation stupide dans laquelle nous pataugions. On en conviendra, ce qui se passe ressemble bien à ce que je réclamais depuis deux ans. La ville, si elle est l'un des acteurs de ce déblocage, bénéficie aussi de cette situation neuve. Plus personne ne cherche actuellement à nous jeter des peaux de bananes, ou nous bloquer des dossiers.

La réélection, avec plus de 63% des suffrages, de notre équipe municipale, c'est aussi important.

Et puis, il y a, aussi mon élection de député européen, et l'équilibre nouveau que j'ai dû trouver entre ce mandat européen et celui de maire.

 

 

PAS DE DÉPUTÉ AU-DESSUS DES LOIS!

 

P.Y.F. : En tant que député européen, vous avez voté la levée de l'immunité parlemen­taire de Jean-Marie Le Pen. N'est-ce pas lui faire un coup de pub?

 

Gérard Caudron: Comme une majorité de parlementaires, j'ai voté cette levée d'immu­nité. Je regrette qu'une partie de la Droite libérale (dont Giscard d'Estaing) ne l'ait pas votée, et que le porte-parole des Verts ait dit qu'ils ne la voteraient pas. Même si, aux décomptes des voix, on a pu constater que certains Verts français l'avaient votée.

Lever l'immunité parlementaire de J.-M. Le Pen, c'est permettre aux tribunaux français de le poursuivre, voir si, par ses déclarations racistes, il a bafoué la loi.

Nous avons préféré prendre le risque de lui faire de la publicité, voire même de le faire passer pour un martyr aux yeux de certains; mais au moins, en tant que démocrates, nous ne nous sommes pas déculottés, et avons gardé notre honneur. N'oublions jamais les années 30 !

 

P.Y.F. : Les politiques se sont dérobés à l'émission « Spécial Immigration » sur TF1. Seuls Tapie et Le Pen y sont venus. Vous auriez participé, vous, à une telle émission?

 

Gérard Caudron: Je ne me suis pas posé la question. Déjà que je n'arrive pas à pas­ser dans les pages Région et Métropole des quotidiens régionaux! Cela dit, aucun débat ne me fait peur.

 

P.Y.F. : Cela ne vous a-t-il pas gêné que votre parti collabore avec la Droite à Dreux et à Marseille?

 

Gérard Caudron: Moi j'étais contre le fait d'appeler, à Dreux, à voter pour un candidat R.P.R., défendant dans les faits, les mêmes idées que celui du Front National.

Je pense qu'il faut mieux, comme l'a dit Michel Noir, perdre une élection que perdre son âme. Et à Dreux, on a non seulement perdu une élection mais aussi son âme.

 

Propos recueillis par

Pierres- Yves Flament

auprès de Gérard Caudron,

maire et député européen,

le 21 décembre 1989.