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N° 70 - décembre 1991

 

 

SOLIDAIRES POUR PERFORMER

 

« Performer » pour avoir les moyens d'être solidaires, pour lutter contre les inégalités... Susciter la discussion et le dialogue...

Renforcer l'insertion par l'économie pour nos jeunes...

Telles sont les grandes lignes, du discours de Gérard Caudron, développées lors du traditionnel banquet de la Foire aux associations, samedi 23 novembre.

 

La Tribune: samedi 23 novembre, à l'espace concorde, plus de 1000 personnes étaient présentes au traditionnel banquet de la Foire aux associations. A cette occasion, /'idée forte de votre discours était Performance et Solidarité. Qu'est-ce que cela veut dire au quotidien pour les Villeneuvois ?   

 

Gérard Caudron: c'était effectivement une des idées fortes de mon discours et un des grands principes énoncés d'entrée.

En effet, si on n'est pas performant, si on ne crée pas de la richesse, on n'a pas les moyens d'être solidaire. Sur ce point presque tout le monde est aujourd'hui d'accord.

Mais je rajoute, et avec moi tous ceux qui ont une vision progressiste de notre société, qu'il faut être solidaire, lutter contre les inégalités, rendre à chacun les services publics dont il a besoin, pour être en situation de performer.

C'est cet équilibre que nous essayons de dynamiser depuis 15 ans à Villeneuve-d'Ascq.

Mais j'ai aussi dit que s'il fallait pour une ville, une région, une nation ou un continent avoir de grands projets pour mobiliser les énergies, donner l'espoir, créer un horizon attractif, il fallait aussi savoir s'occuper sans relâche des problèmes quotidiens de' chacun.

 

Et pour cela un homme politique doit être un homme de terrain au contact et à l'écoute des gens.

Il doit susciter la discussion et le dialogue et développer tous les moyens d'information.

Enfin, j'ai rappelé une règle de bons sens: il faut à tout moment réaliser et agir avec les moyens, en particulier financier, que l'on a et avec ceux que l'on se donne, ce qui suppose rigueur, réalisme, capacité à dire non et à gérer le temps.

On le voit: tout se tient et à tous les niveaux, donc à celui des Villeneuvois dans leur vie quotidienne.    '

 

La Tribune: lors de la Foire aux associations, vous avez signé le premier conventionnement avec le Centre Social de Flers-Sart. Pouvez-vous expliquer ce que le conventionnement implique en terme d'engagement réciproque pour les associations et la municipalité?

 

Gérard Caudron: les associations sont dans notre ville les mailles et maillons d'un tissu social qu'il nous faut toujours résoudre, renforcer, resserrer. Elles constituent, je l'ai dis souvent, la première richesse de notre ville.

Nous leur apportons en équipements, matériels, informations, subventions, démarches et autres moyens, le maximum d'aides dont elles ont besoin.

Année après année, nous les renforçons mais année après année des besoins nouveaux apparaissent ou se développent.

D'où l'idée de conventionnement pour que le développement se fasse dans la clarté, l'autonomie de chacun et la responsabilité. Un conventionnement ne peut et ne doit être un catalogue de revendications ou un menu parmi lesquelles la mairie choisit, ... avec paiement à la clef.

Une convention, c'est un contrat avec des droits et des obligations en terme de services publics actuels et à venir, avec des efforts de toutes natures de part et d'autre. Cela explique que sa mise en œuvre n'est pas si facile qu'on aurait pu le penser au départ.

 

La Tribune: toujours lors de votre discours, vous avez parlé de la création d'un club et d'un label « Performance et Solidarité ». Qu'en sera-t-il concrètement?

 

Gérard Caudron: nous faisons actuellement déjà de très gros efforts pour aider à s'insérer les jeunes et à réinsérer les moins jeunes dans notre société.

Il y a des problèmes de formation, de logement et d'emploi.

Mais si nous voulons renforcer, ce qui est notre volonté, l'insertion par « l'économie», il nous faut trouver de nouveaux partenaires en particulier dans le monde économique. '

D'où l'idée conçue avec la Mission Locale d'un club et d'un label « Performance et Solidarité» avec des engagements de part et d'autre.

Concrètement, il se met en place avec Dominique Cabal et tous ceux que l'idée intéresse peuvent nous contacter.

Il nous faut trouver dans la ville quelques centaines de contrats d'insertion de toute nature.

 

 

En bref, l'actualité de ce mois

 

La Tribune: le Conseil Communal de Sécurité et de Prévention existe depuis 5 ans à la mairie de Villeneuve-d'Ascq. Quelles sont ses actions concrètes?

 

Gérard Caudron: la prévention c'est un travail de longue haleine, de tous les jours et de chacun. C'est rarement spectaculaire... mais quand on voit venir les pays qui ont toujours tout misé sur la « répression» nous demander des conseils, on comprend que c'est important.

Faire la liste des actions et des résultats serait fastidieux et peut-être inutile... car chacun voit surtout ce qui ne marche pas et donc ce qu'il reste à faire.

Mais nous avons évité les catastrophes, les effets de masse et les effets de bandes. Nous avons sensibilisé nos concitoyens.

Nous luttons contre l'oisiveté et nous ai­dons les victimes.

Nos prochaines priorités sont orientées vers la lutte contre toutes les formes de toxicomanie.

Mais la répression est aussi nécessaire et pour cela nous avons besoin sur Villeneuve d'Ascq de forces de police plus importantes.

Les Villeneuvois peuvent m'aider à les obtenir.

Je sais à quel point la petite délinquance « touche au cœur» les moins fortunés, à quel point elle angoisse beaucoup de monde.

Même s'il n'y a nul part de solution miracle, c'est pour moi et pour mon équipe municipale un dossier majeur et prioritaire.

 

La Tribune: comment l'homme du Nord, mais aussi l'élu, réagit aux propositions de changement de nom de la région Nord ­Pas-de-Calais? Est-ce que la proposition les "Hauts-de-France" de la Chambre de Commerce vous semble plus valorisant que le nom actuel?

 

Gérard Caudron: je ne suis pas hostile à trouver un autre nom pour notre région. Mais honnêtement, ce n'est pas l'essentiel. Il nous faut d'abord nous donner et obtenir tous les moyens d'un renouveau pour être une grande région européenne.

C'est cela le plus urgent!

 

La Tribune: la protection de l'environnement de la zone naturelle du Lac du Héron est un sujet qui vous tient à cœur. Où en êtes-vous de votre conflit avec le Cercle de Voile du Lac du Héron?

 

Gérard Caudron: les conflits sont nés de la volonté du Cercle de Voile de ne pas respecter l'arrêté municipal qui fixe les dates de navigation sur le lac alors qu'au départ il l'avait accepté.

Quand ses dirigeants accepteront de respecter, les droits du propriétaire des terrains qu'est la ville, et l'arrêté pris après concertation pour respecter la nature en permettant le sport, nous sommes prêts, je suis prêt à discuter de tout le reste.

Dans cette attente, qui pourrait cesser de par la volonté du Cercle de Voile, les procédures judiciaires continuent.

 

La Tribune: le Tribunal administratif de Lille a récemment refusé la création du Conseil consultatif des populations étrangères. Voyez-vous d'autres solutions pour les impliquer dans les décisions? Et prévoyez vous de donner un rôle plus important à l'association Échanges et Solidarité Internationale? '

Gérard Caudron: le Conseil consultatif des populations étrangères était pour nous le moyen de mieux associer les Villeneuvois de nationalité étrangère à la vie de la commune pour avoir face à nous des interlocuteurs élus.

Le Tribunal administratif le refuse. C'est dommage mais j'accepte la décision. Nous cherchons à renforcer les structures actuelles de rencontre avec les étrangers en particulier (( Échanges et Solidarité Internationale» .

Mais je le répète, l'objectif était d'avoir des interlocuteurs Villeneuvois pour discuter avec le Conseil municipal qui, lui, est élu par les Villeneuvois de nationalité française.

La Tribune: vous avouez "votre horreur du racisme et de la xénophobie". Comment réagissez-vous aux 50 propositions du front national et aux dérives fréquentes des ténors de l'opposition sur " l'invasion" et autres problèmes d'intégration?

 

Gérard Caudron: elles me donnent la nausée et elles m'angoissent.

Ce sont les discours des années 30 et les mesures mises en œuvre par le régime de Vichy pendant la guerre.

Il est grave... très grave même que 10 à 15 % des Français aient à ce point la mémoire courte qu'ils aient oublié vers quels abîmes ces idées monstrueuses ont mené le monde.

 

Université 2000

 

La Tribune: on parle souvent d'interpénétration de la ville et de l'université. Quels sont les projets à venir, dans le cadre du plan État Région?

 

Gérard Caudron: mon souci est que notre région ait quantitativement et qualitativement des Universités et grandes écoles" à la hauteur de ses ambitions européennes. Pour cela, il faut créer des universités nouvelles dans le Pas-de-Calais, créer de nouvelles filières dans la métropole, rationaliser certains développements, conforter, compléter, rénover le cœur de nos universités à Villeneuve-d'Ascq.

Université 2000, c'est une aventure où tous les partenaires et en premier lieu l'État mettront des moyens sans aucune commune mesure avec ce qui a été fait jusqu'à présent.

A nous, et à moi à mon niveau, de faire en sorte que ces moyens soient bien utilisés.

 

Propos recueillis par la Tribune.

auprès de Gérard Caudron

Maire de Villeneuve-d'Ascq et député

européen le 2 décembre 1991. .