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Paroles de Maire

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N° 71 - janvier 1992

 

 

CHANGER LA VIE PUBLIQUE EN FRANCE PAR ET AVEC L'EUROPE

 

« Pas de langue de bois, ni d'effets de tribune » : Gérard Caudron croit en ce début d'année à une Europe capable de changer la vie politique et d'élaborer un nouvel ordre international. Le point de vue du député européen sur les accords de Maastricht et l'éclatement des pays de l'Est. Préoccupations sociales surtout pour cette rentrée placée sous le signe de la solidarité: restos du cœur, fonds de solidarité logement... Le maire souhaite moins de misères, d'intolérance, plus de démocratie, de contacts entre les peuples.

 

La Tribune: Ce premier mois de l'année est l'occasion de présenter vos vœux à la population. Quels sont vos souhaits les plus chers pour les « futurs européens Vil­leneuvois ? » :

 

Gérard Caudron: moins de misères sous toutes ses formes, moins d'intolérance, plus de démocratie, plus de solidarité, davantage de contact entre les peuples et les représentants qu'ils élisent.

Que chacun aussi se rende bien compte qu'il construit une petite parcelle du monde où nous vivons et une par­celle plus petite encore du monde que nous laisserons à nos enfants!

Je voudrais enfin de « l'air pur» dans la vie publique, de l'espoir pour tous, des rêves, un nouvel horizon avec l'Europe, une vie quotidienne moins morne, un enthou­siasme retrouvé chez nos concitoyens.

 

La Tribune: La construction européenne vient de fran­chir un pas décisif avec la signature des accords de Maastricht. Qu'est-ce que cela va changer?

 

G. C. : l'Europe est une machine qui a besoin d'avancer pour ne pas se bloquer voire régresser.

Les accords de Maastricht lui donnent un nouvel élan vers une citoyenneté européenne, vers une Europe so­ciale, vers une Europe politique.

Ils dessinent donc un nouvel horizon, une nouvelle fron­tière qui doit redonner un élan à nos forces économiques,' sociales, syndicales, politiques.

Cela devrait nous permettre d'ici 3 à 4 ans de mesurer au quotidien les effets positifs en terme d'emplois, de sécurité et de bien-être.

Nous devrions nous sentir davantage les citoyens et les  acteurs d'un grand pays.

Notre région et notre ville devraient en bé­néficier directement d'ici un an à condition que nous ayons le dynamisme et les ca­pacités d'innovation et d'adaptation néces­saires.

 

La Tribune: De l'hémicycle du parlement européen à Strasbourg, vous avez parti­cipé à une émission-débat sur l'après­ Maastricht en présence de M. Prag (conservateur britannique), M. De Habs­bourg (démocrate chrétien allemand), M. Delors et Mme Veil. Pouvez-vous nous ex­pliquer quels en étaient les enjeux et pour­quoi vous qualifiez l'émission de bon débat?

G. C. : ceux qui ont pu suivre cette émis­sion ont pu mesurer la nature différente d'un débat politique européen.

Pas d'agression inutile. Pas de « langue de bois ». Pas « d'effet de tribune ».

Le souci d'expliquer, d'être clair, d'informer, de se faire comprendre, d'expliquer l'écu, de donner des calendriers.

C'est ce genre de débat qui me fait parler de « changer la vie politique par et avec l'Europe ».

 

La Tribune: A l'heure où l'Europe de la CEE se construit à Maastricht, en même temps l'Europe tout court se détruit en U.R.S.S., et plus près de chez nous, à 2 h d'avion, en Yougoslavie. Vous êtes très sensible à la solidarité entre les peuples, entre les gens tout simplement Vous de­vez réagir quand vous voyez ces peuples se déchirer sans trop comprendre pour­quoi. Mais que peuvent faire les députés européens pour faire cesser le massacre?

 

G. C. : cela nous rappelle que la construc­tion de l'Europe de la. CEE. a été un fac­teur de paix en Europe depuis 1945 et une des raisons de l'explosion des libertés à l'Est depuis 2 ans.

Sans les bâtisseurs de l'Europe du marché commun, qui peut dire ce qui se serait passé au cours des 45 ans passés?

Notre expérience doit aussi' montrer aux nouvelles démocraties de l'Est que l'auto­nomie locale, le respect des diversités et des cultures doivent s'accompagner, dans le monde moderne, de grands ensembles. Sinon c'est l'éclatement, l'implosion, l'into­lérance, la violence: la Yougoslavie nous le montre.

Des conflits et guerres risquent de suivre dans d'autres républiques.

J'ajoute que les risques de guerre localisée doivent nous inciter à renforcer l'Europe politique avec des politiques étrangères et de sécurité commune.

Il faut enfin avec et par la C.E.E. élaborer un nouvel ordre international en Europe, un nouvel équilibre qui ne sera plus « de la terreur».       .

C'est ce que le Président Mitterrand ap­pelle la Confédération européenne.

La solution des guerres et conflits est à ce niveau. Il faut trouver très vite les moyens « d'éteindre les incendies» qui « brûlent» ici et là.

 

La Tribune: François Mitterrand n'exclut pas l'idée d'un référendum sur les accords de Maastricht. Qu'en pensez-vous?

 

G. C. : je n'ai pas été un « fan» des réfé­rendums qui réduisent des débats difficiles et complexes à une simple question à la­quelle il faut répondre par oui ou par non. Ce dont je suis sûr, c'est que, d'une ma­nière ou d'une autre, il faut en France un grand débat national sur l'Europe qui dé­passe les clivages et enjeux politiciens.

Nous ne pouvons pas en faire l'abstraction sous peine de n'être pas à la pointe du combat européen même si notre économie est aujourd'hui objectivement, la mieux pré­parée à l'Europe.

 

En bref, l'actualité de ce mois

SOLIDARITÉ

 

La Tribune: Les restos du cœur sont nés de l'initiative de Coluche, en complément des actions de l'État, en récupérant des surplus alimentaires et en recevant le sou­tien financier de nombreux Français.

Que vous inspire le fait que l'on « fête» pour la 7e année consécutive, l'ouverture des restos du cœur?

G. C. : pour moi, « les restos du cœur» sont à la fois le signe d'un échec de notre société face aux misères et aux inégalités, et celui de la nécessité, de mettre toujours en plus « du cœur», quelles que soient les mesures et décisions matérielles prises par ailleurs.

Sous une forme ou sous une autre, il est bon qu'il y ait et qu'il reste des « restaurants du cœur ».

Cela dit, si le chômage diminuait, ils n'au­raient plus la même signification, J'espère qu'un jour, sous cette forme, nous n'en au­rons plus besoin.

Il faudra toujours innover, inventer, rompre la solitude, le désespoir, aider les gens à « s'en sortir eux-mêmes », leur donner aussi et toujours le « petit plus» qui donne le sourire.

 

LOGEMENT

 

La Tribune: Le 20 décembre dernier vous avez signé la convention pour un fonds lo­cal du Fonds Solidarité Logement. Cette convention permet de mettre en applica­tion les modalités de la Loi Besson. Pou­vez-vous nous expliquer les grandes lignes d'un tel accord, et quels sont les engage­ments de la municipalité?

 

G. C. : il s'agit pour nous, dans le même esprit de solidarité et de son apprentis­sage, d'aider les gens de bonne foi, en si­tuation financière difficile temporaire, à conserver leur logement, voire à en obtenir un.

C'est un dispositif complémentaire d'inser­tion et de réinsertion.

C'est aussi un multi partenariat renforcé avec l'État, le Département et les orga­nismes de logement.

C'est pourquoi, avec Gisèle Olleville, nous sommes heureux d'avoir signé cette convention.

C'est un moyen supplémentaire d'aider les gens en difficulté à s'en sortir, et personne ne peut dire qu'il est sûr de ne jamais en avoir besoin.

 

ENSEIGNEMENT

 

La Tribune: Le 6 décembre dernier, vous avez assisté à la pose de la première pierre sur le campus de la Cité scientifique, de l'E.N.I.C. (Ecole Nouvelle d'Ingénieur de la Communication) en présence de Michel Delebarre et de nombreuses autres per­sonnalités. Cette école est un atout de plus pour Villeneuve-d'Ascq technopole. Y aura-t-il d'autres projets d'implantations de grandes écoles sur la ville?

G. C. : d'abord la pose de la première pierre avec robot télécommandé à distance et vi­déo conférence entre Metz, Montpellier, Paris et Villeneuve-d'Ascq était en soi un grand événement technologique à la di­mension et à l'image de notre ville et de notre technopole.

Cette nouvelle grande école renforce notre pôle d'enseignement supérieur et de re­cherche et montre que malgré les décon­centrations et délocalisations nécessaires, Villeneuve-d'Ascq est et doit rester le grand centre universitaire de notre région.

 

Propos recueillis par La Tribune

auprès de Gérard Caudron,

Maire de Villeneuve d'Ascq

et Député Européen

 le 26 décembre 1991