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CHANGER LA VIE PUBLIQUE EN FRANCE PAR
ET AVEC L'EUROPE
« Pas de langue de bois, ni d'effets de
tribune » : Gérard Caudron croit en ce début d'année à une
Europe capable de changer la vie politique et d'élaborer un nouvel ordre
international. Le point de vue du député européen sur les accords de
Maastricht et l'éclatement des pays de l'Est. Préoccupations sociales
surtout pour cette rentrée placée sous le signe de la solidarité: restos
du cœur, fonds de solidarité logement... Le maire souhaite moins de
misères, d'intolérance, plus de démocratie, de contacts entre les
peuples.
La Tribune: Ce premier mois de l'année est l'occasion de présenter
vos vœux à la population. Quels sont vos souhaits les plus chers pour
les « futurs européens Villeneuvois ? » :
Gérard Caudron: moins de misères sous toutes ses formes, moins
d'intolérance, plus de démocratie, plus de solidarité, davantage de
contact entre les peuples et les représentants qu'ils élisent.
Que chacun aussi se rende bien compte qu'il construit une petite
parcelle du monde où nous vivons et une parcelle plus petite encore du
monde que nous laisserons à nos enfants!
Je voudrais enfin de « l'air pur» dans la vie publique, de l'espoir pour
tous, des rêves, un nouvel horizon avec l'Europe, une vie quotidienne
moins morne, un enthousiasme retrouvé chez nos concitoyens.
La Tribune: La construction européenne vient de franchir un pas
décisif avec la signature des accords de Maastricht. Qu'est-ce que cela
va changer?
G. C. :
l'Europe est une machine qui a besoin d'avancer pour ne pas se bloquer
voire régresser.
Les accords
de Maastricht lui donnent un nouvel élan vers une citoyenneté
européenne, vers une Europe sociale, vers une Europe politique.
Ils
dessinent donc un nouvel horizon, une nouvelle frontière qui doit
redonner un élan à nos forces économiques,' sociales, syndicales,
politiques.
Cela
devrait nous permettre d'ici 3 à 4 ans de mesurer au quotidien les
effets positifs en terme d'emplois, de sécurité et de bien-être.
Nous
devrions nous sentir davantage les citoyens et les acteurs d'un grand
pays.
Notre
région et notre ville devraient en bénéficier directement d'ici un an à
condition que nous ayons le dynamisme et les capacités d'innovation et
d'adaptation nécessaires.
La Tribune: De l'hémicycle du parlement européen à Strasbourg,
vous avez participé à une émission-débat sur l'après Maastricht en
présence de M. Prag (conservateur britannique), M. De Habsbourg
(démocrate chrétien allemand), M. Delors et Mme Veil. Pouvez-vous nous
expliquer quels en étaient les enjeux et pourquoi vous qualifiez
l'émission de bon débat?
G. C. : ceux qui ont pu suivre cette émission ont pu mesurer la
nature différente d'un débat politique européen.
Pas d'agression inutile. Pas de « langue de bois ». Pas « d'effet de
tribune ».
Le souci d'expliquer, d'être clair, d'informer, de se faire comprendre,
d'expliquer l'écu, de donner des calendriers.
C'est ce genre de débat qui me fait parler de « changer la vie politique
par et avec l'Europe ».
La Tribune: A l'heure où l'Europe de la CEE se construit à
Maastricht, en même temps l'Europe tout court se détruit en U.R.S.S., et
plus près de chez nous, à 2 h d'avion, en Yougoslavie. Vous êtes très
sensible à la solidarité entre les peuples, entre les gens tout
simplement Vous devez réagir quand vous voyez ces peuples se déchirer
sans trop comprendre pourquoi. Mais que peuvent faire les députés
européens pour faire cesser le massacre?
G. C. : cela nous rappelle que la construction de l'Europe de
la. CEE. a été un facteur de paix en Europe depuis 1945 et une des
raisons de l'explosion des libertés à l'Est depuis 2 ans.
Sans les bâtisseurs de l'Europe du marché commun, qui peut dire ce qui
se serait passé au cours des 45 ans passés?
Notre expérience doit aussi' montrer aux nouvelles démocraties de l'Est
que l'autonomie locale, le respect des diversités et des cultures
doivent s'accompagner, dans le monde moderne, de grands ensembles. Sinon
c'est l'éclatement, l'implosion, l'intolérance, la violence: la
Yougoslavie nous le montre.
Des conflits et guerres risquent de suivre dans d'autres républiques.
J'ajoute que les risques de guerre localisée doivent nous inciter à
renforcer l'Europe politique avec des politiques étrangères et de
sécurité commune.
Il faut enfin avec et par la C.E.E. élaborer un nouvel ordre
international en Europe, un nouvel équilibre qui ne sera plus « de la
terreur». .
C'est ce que le Président Mitterrand appelle la Confédération
européenne.
La solution des guerres et conflits est à ce niveau. Il faut trouver
très vite les moyens « d'éteindre les incendies» qui « brûlent» ici et
là.
La Tribune: François Mitterrand n'exclut pas l'idée d'un
référendum sur les accords de Maastricht. Qu'en pensez-vous?
G. C. : je n'ai pas été un « fan» des référendums qui réduisent
des débats difficiles et complexes à une simple question à laquelle il
faut répondre par oui ou par non. Ce dont je suis sûr, c'est que, d'une
manière ou d'une autre, il faut en France un grand débat national sur
l'Europe qui dépasse les clivages et enjeux politiciens.
Nous ne pouvons pas en faire l'abstraction sous peine de n'être pas à la
pointe du combat européen même si notre économie est aujourd'hui
objectivement, la mieux préparée à l'Europe.
En bref, l'actualité de ce mois
SOLIDARITÉ
La Tribune: Les restos du cœur sont nés de l'initiative de
Coluche, en complément des actions de l'État, en récupérant des surplus
alimentaires et en recevant le soutien financier de nombreux Français.
Que vous inspire le fait que l'on « fête» pour la 7e année
consécutive, l'ouverture des restos du cœur?
G. C. : pour moi, « les restos du cœur» sont à la fois le signe
d'un échec de notre société face aux misères et aux inégalités, et celui
de la nécessité, de mettre toujours en plus « du cœur», quelles que
soient les mesures et décisions matérielles prises par ailleurs.
Sous une forme ou sous une autre, il est bon qu'il y ait et qu'il reste
des « restaurants du cœur ».
Cela dit, si le chômage diminuait, ils n'auraient plus la même
signification, J'espère qu'un jour, sous cette forme, nous n'en aurons
plus besoin.
Il faudra toujours innover, inventer, rompre la solitude, le désespoir,
aider les gens à « s'en sortir eux-mêmes », leur donner aussi et
toujours le « petit plus» qui donne le sourire.
LOGEMENT
La Tribune: Le 20 décembre dernier vous avez signé la
convention pour un fonds local du Fonds Solidarité Logement. Cette
convention permet de mettre en application les modalités de la Loi
Besson. Pouvez-vous nous expliquer les grandes lignes d'un tel accord,
et quels sont les engagements de la municipalité?
G. C. : il s'agit pour nous, dans le même esprit de solidarité et
de son apprentissage, d'aider les gens de bonne foi, en situation
financière difficile temporaire, à conserver leur logement, voire à en
obtenir un.
C'est un dispositif complémentaire d'insertion et de réinsertion.
C'est aussi un multi partenariat renforcé avec l'État, le Département et
les organismes de logement.
C'est pourquoi, avec Gisèle Olleville, nous sommes heureux d'avoir signé
cette convention.
C'est un moyen supplémentaire d'aider les gens en difficulté à s'en
sortir, et personne ne peut dire qu'il est sûr de ne jamais en avoir
besoin.
ENSEIGNEMENT
La Tribune: Le 6 décembre dernier, vous avez assisté à
la pose de la première pierre sur le campus de la Cité scientifique,
de l'E.N.I.C. (Ecole Nouvelle d'Ingénieur de la Communication) en
présence de Michel Delebarre et de nombreuses autres personnalités.
Cette école est un atout de plus pour Villeneuve-d'Ascq technopole. Y
aura-t-il d'autres projets d'implantations de grandes écoles sur la
ville?
G. C. : d'abord la pose de la première pierre avec robot
télécommandé à distance et vidéo conférence entre Metz, Montpellier,
Paris et Villeneuve-d'Ascq était en soi un grand événement technologique
à la dimension et à l'image de notre ville et de notre technopole.
Cette nouvelle grande école renforce notre pôle d'enseignement supérieur
et de recherche et montre que malgré les déconcentrations et
délocalisations nécessaires, Villeneuve-d'Ascq est et doit rester le
grand centre universitaire de notre région.
Propos recueillis par La Tribune
auprès de Gérard Caudron,
Maire de Villeneuve d'Ascq
et Député Européen
le 26 décembre 1991
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